Cahier #22 : Décembre 2006-Juin 2007, #2287-2523
RêvesUn revers dessous de gorge.
Une nuit, je rêve de Denise, la voisine handicapée ; elle a le pouvoir de se multiplier à l'infini et en abuse - vingt ou trente Denises dans la rue, qui se ruent vers des enfants.
Une nuit de Sarkozy, qui m'explique, bonhomme, que pour payer le voyage de cette dame à Cuba, oui, bien sûr, mais pas avant septembre, parce que quand même, ho.
Une nuit, c'est toi, maquillée, allongée, étalée, comment dire, et tu dis : "Je pars avec Machin." Ah bon d'accord. Puis deviens immense et marches vers ton bonheur, géante.
- 30/06
CascadeRoulement infini des bâtons et boules d'eau
Dans le déchirement sans arrêt de matière.
Emporté des courants, le tissu de rivière étrangle.
Pure écume qui repousse les fléaux des chiens.
..
Colline, bleu, pierre, blanche, vert, eau, nue, toi,
Bien, tout bien.
- 29/06
ArachnideLes écarts de l'aube, mâtinés de café, dans la pourpre de l'inquiétude.
Les moments bleus-gris, sans rime ni raison, sans épine et sans ombre, où tout paraît, venant;
Le temps de l'araignée
Je l'occupe comme elle tisse.
Ma différence est que j'y dérobe le sel de mon ennui quand elle y avale avidement l'empilement insensible des jours.
- 28/06
Des listes 12 : lieux ou constructions qui arrachent des larmesPonton ou jetée.
Les petits terrains vagues en ville.
La balustrade en béton armé.
La maison américaine avec baie vitrée, genre Brooklin.
La maison new-yorkaise en brique, avec escalier de secours et château d'eau.
La maison de Provence, en pierre calcaire et génoises.
La maison carré, italienne, grasse, aux persiennes vertes, et avec salle de bain/douche.
Les hôtels (plein de sortes).
Les arrière-cours où l'on entend des bruits de couverts (repas ou vaisselle).
La chambre d'à côté où quelqu'un dort.
Les vieux greniers ou les vieilles caves.
Les maisons des vieillards dont le mobilier n'a pas changé depuis plus de quarante ans.
Les restaurants isolés sur des lignes droites en Touraine.
La plage ; la crique ; l'îlot.
etc.
- 27/06
Un plat de pâtesDes penne al dente, rien de sel, des feuilles de basilic frais, à défaut du thym, le dimanche de la sauge ; un bon filet d'huile d'olive ; un verre de Côtes du Rhône ; du pain frais (plutôt blanc ici) ; chaque jour la même pitance, depuis quinze ans me régale ; il faut des manières austères pour apprécier la vie (l'huile, le thym, la sauge, le sel).
- 26/06
Sur un quignon gratté d'ailSur un quignon gratté d'ail
se tient la goutte du monde qui te reflète
et au milieu de ce pain
la sueur de l'homme et la lueur du soleil sur l'herbe du matin
- 25/06
2500Tout jalon est une mort
. . . . . . . . et l'air est vif et plan
. . . . . . . . lorsque nous mourrons.
Je ne sais pas-encore, c'est tout le grain de la pensée, et ce -encore marque une étape,
. . . . . . . . tranquillement, tranquillement.
Vers des arbres inquiets.
- 24/06
BasculeIl est un point où toute chose s'arrête, un instant minuscule ; une paupière qui se clôt ; une vague avant de retomber ; entre deux battements du cœur ; au faîte ; au sommet ; et ; stop ; c'est un moment, charnière ou pli, balancier ; qui se nomme ; destin ; c'est aujourd'hui ; ainsi va ; la mort ; dans la vie. Cahin-caha.
- 23/06
Enluminé
Les livres sont ouverts, malheureusement dans les vitrines.
On y voit les signatures, mais plus encore les couleurs ou les mots. Les images en tout cas, qui happent la critique.
On me demande de poser le couteau, de quitter l'appareil.
On me dit encore de grouiller, car on ferme.
Je vole de-ci de-là.
Je surprends deux matons des poèmes en pleine contemplation d'un tel cairn ; cela touche jusqu'à ceux-là qui confinent les élans.

- 22/06
Passants


- 21/06
Fragments de rueUn gars crie dans le métro : "Toi grande fille, j'vais te couper les couilles, tous des Français, mon adorée, te couper les couilles, vous vous prenez pour qui ?
Dans le restaurant dit "rapide", un soulcie piaille pour des miettes.
Un Américain passablement éméché regarde dans le vide. A quelques pas, un clochard noir dort ; ses pieds sont comme des tisons. Encore un peu plus loin, un autre désœuvré pleure : grand gaillard portant un immense sac sur le dos, ses yeux sont ceux d'un enfant.
Un queue de mille personnes pour passer sur le tapis roulant, quand les escaliers sont vides.
A la bibliothèque, de jeunes arabes parlent du gouvernement. Pourquoi ils ont voté pour lui.
Le cirque des cafés à l'aube et toutes les trappes cachées qu'on y décèle.
Les grands bâtiments d'architecte qui s'accommodent si mal des hommes - et leur froide hauteur.
Les rues où du végétal s'accroche.
Assis au café, un homme vient me voir : "Vous attendez quelqu'un ? - Oui. - Vous êtes Benoît ? - Oui. Mais je ne vous connais pas. - Je suis Eric... - ... - Vous êtes Benoît N. - Ah non. - C'est fou." Le serveur au comptoir, peu fort mais je l'entends, à son collègue : "Ca drague sec !"
- 20/06
Au bord des larmesJ'ai croisé ce qui aspirait le plus. J'ai été foulé par son geste probe. J'ai été roulé autour des limbes de ses mosaïques. Elle m'a rendu curieux, attentif et moderne.
Mais elle m'a aussi contraint à ne pas lâcher prise et à prendre conscience (fuite).
Elle a donné dans le brusque, mais je vois de grandes peintures délavées, en elle, des paysages de landes humides.
Je n'étais pas proche le volcan - cela est connu encore - mais au bord d'un grand creuset de larmes. Trop grand pour moi. Trop plein. Trop salin. Je me suis défendu jusqu'aux blessures, jusqu'aux coups. Cela n'a pas suffit.
Je reviens sur mon engagement : têtu, entêté, jusqu'au douloureux ; je ne voulais pas quitter ce qui brûle. Et puis j'ai cherché à creuser en moi les sillons d'abîme, les galeries de patience et le puits de l'égal.
Puis-je dire que j'ai échoué ? C'est déjà avancer mon effort - et ce serait trop loin aller. Je n'ai ni échoué ni réussi. ce qui demeure est vif, plein de vie et une promesse ; mais elle ne nous regarde plus.
Du moins la petite fée, la loupiote bondissante est un chemin permis, et je laisse regarder partir ce qui est notre ultime, généreuse, et plus magnifiée dette.
- 18/06
Le confortMais de quoi se nourrit-on au juste, et pourquoi maquiller ?
Je tiens aux vieilles choses comme au creux des ombres, juste.
Et même ce qui décatit, ou périt ou casse, devient en ce musée le précieux mousqueton.
Le garde-fou solaire et qui écarte le beau inutile.
Je traîne des fissures, que j'érige en ressources.
Quand la mer déchire c'est son pouls notoire.
C'est ce secret là qui m'écarte des édiles cortèges.
- 17/06
Un mur de pierre sècheJe languis de retrouver un mur de pierres sèches, qui peine à tenir sous l'assaut des racines ; mais trouve comme une élingue dans la chaleur frisée.
Les taches vertes font comme des oasis sans terre ni eau : elles m'arrachent des larmes comme un soc rouillé dans un champ de pierre fait avancer l'orage...
- 16/06
TélégrammesA l'aide de ton désir mucroné, c'est tout un précipice qui résonne/STOP Tu me pointes au regard quand j'arrache du sommeil/STOP
Les étals qui résonnent du roulement des fruits/STOP
Les premières lames de ciel déchiré sur les herbes/STOP Qui machinent en silence, sans qu'on sache leur effort/STOP
Le nœud est émouvant et sensible et simple/STOP Mutique quoique bonasse, les oueds la devinent.STOP
La trace de demain est déjà à l'orée de ma main/STOP
La cisaille a parlé : et le tout-venant fomente/STOP
- 15/06
Sans titreCe qui décoche en latence, survenir au besoin
Des armées pointues de lentes processions
Des herbes aux clous, sur le vent menaçant
Tu jettes un sort aux ciel, et ton unique ravale
- 14/06
DelendaJe repense à Still life est à cette masse d'eau dont le destin rencontre la vie des gens.
- 13/06
Sur le corpsAh te voilà, le corps tendu à venir effleurer de l'autre.
Ah te voilà, c'est toi qui vient, c'est ton corps qui te porte quand tu viens.
C'est ce corps, qui est une espèce de limite entre tout l'être et le vide du monde, toute ta peau clignote de ce désir, tout résonne ou vibre en ce corps comme pour parler. Et rien dire.
Ah te voilà, corps spectral, corps meurtri, blessé, qui porte l'héritage des blessures de l'enfance et de l'enfance de la famille, et de l'enfance de l'espèce. Corps abouti, comme une pièce de mécanique. Corps embouti par le pilon millénaire.
Cors qu'on décore pour se le faire à soi. Voyez comme on rase épile parfume tend recoud engaine enserre enchaîne embrasse enlace bracèle collière jarretelle contraint pose porte déporte développe enveloppe englobe envahit tatoue perce trace délimite découpe défait dégage dérange désarme
Corps un petit enfant une poupée qu'on maltraite.
Corps qui devient sans le savoir le reflet de toute son âme.
Corps dévaginé, corps obscène, ah te voilà, sale corps plein d'animal !
- 12/06
Sur l'effortMais l'effort est nécessaire ; pour la suée, pour la fatigue, pour oublier. Pour lâcher prise, pour la suée, pour la fatigue.
Mais l'effort ne ressemble à rien d'autre (ni au sport, ni au travail) : c'est déraciner une souche, compiler le dictionnaire ; gravir une montagne ; descendre une rivière ; délier le livre ; découdre ; fendre ; bêcher ; dissoudre ; rosser ; bosser ; bosser.
L'effort est nécessaire, et tout le risque est de le mélanger à la litanie du travail libérateur, etc.
- 11/06
Sur le sportLe mot ridicule de "sport".
Le sport, notamment le sport de "compétition" (mais pas seulement celui-là), est profondément déplacé dans l'ordre naturel ; un vélo, une panoplie de sportif (les sportifs aiment les panoplies, comme les pompiers, les infirmières, les gendarmes et les fées), cela dénote violemment dans un paysage naturel, plus encore qu'une route ou un humain "en général".
Le sport n'est pas la recherche de l'harmonie ou même la fatigue : c'est la haine, la destruction, l'entretien pensif de désirs violents et totalitaires.
Le sport n'est pas une quête d'essence ; simplement une projection en avant... de toutes les petites guerres intérieures.
Le sport pue, crie, et fait mal. C'est une possession de maigres, une passion d'aigri. Parmi toutes ces activités qui me révulsent, il y a le sport à la télévision (mais la télévision me révulse), et les sport de haut-vol, comme les coupes, les jeux olympiques, et tous les autres championnats pleins d'anglicisme, de fric et de mépris.
Moche, moche, tout est moche dans le sport.
- 10/06
Sur la douleurLa douleur fait revenir à soi.
La douleur exproprie puis restitue. La douleur est tellement juste.
- 09/06
Sur la maladieLa maladie est un refuge ; quand on y est on est à l'abris. On n'a plus à lutter. C'est une excuse. Hop, je passe mon tour. Et je verrai bien.
Je ne crois pas qu'on ait étudié la maladie comme l'un des maillons de telle chaîne écologique.
- 07/06
Tu croises la lucaneTu croises la lucane, entends le hibou, inspectes les murs en quête de iule, et d'autres arthropodes aux formes variées ; tu entends le gecko. Et des oiseaux râlant - dont tu ne sais pas les noms. C'est la nuit, notre nuit, qui est riche. Le tiers de ces êtres, grâce à toi, grâce à moi, dans trente ou cinquante ans, mais qu'importe !, ne seront plus.
Nos enfants hypercéphales auront deux doigts, deux ou trois grands yeux exorbités. Les orteils seront tombés. Ils parleront sept à neuf langues. Ils n'auront pas d'ongles. Plus de dents. Tout ce qui étonne, fait sens, agace, rappelle, griffe et dépèce.
Nos cœurs sans mémoire.
Sans mémoire et sans honte.
- 07/06
Contre la tortélisation des espritsIls affichaient leur bonheur fade comme usés, compassés.
- 06/06
Le sonLe son s'envenime et frappe, organe sensible de rien, et les amènes nuitées s'évadent.
Je n'ai plus peur de rien.
Je suis le scandale lui-même
Mon appétit dévale... Je ronge TOUT !
Nuis aux agents, aux dociles, aux imbécile.
Mon silence est incisif !
Mon agonie est reine.
Elle transperce les océans.
Les sifflements concrétionnent. Le revenant se tait.
Il n'y a pas de persienne aux volets de ma chambre. je happe le jour en vrac. Tout ce qui fait matière résonne. Tout ce qui sonne envole.
- 05/06
Chez mon voisin 9 et finalJe lui ai parlé, longuement parlé, et aussi à ses "amis". Depuis l'histoire du chien. Je cherche à comprendre, à me rendre compte. A étouffer ce sentiment de haine, non pas de haine, mais de répulsion fatidique et finale, qui me porte au pire.
Chacun s'accorde à penser que quelque chose cloche. Ses amis sont torves, plus ou moins amochés par la vie : un rescapé d'une secte ; un Allemand un peu skinhead ; un vieil alcoolique miséreux ; une femme handicapée sous tutelle ; un dealer notoire et paranoïaque et schizophrène. Et mon voisin ; son chien ; la petite fille.
Tout cela survit et perdure entre quatre murs mâtinés de salpêtre et suintant d'humidité comme de pinard. Il y a un brouhaha continu : la télévision ; il y a des accès dans les voix, une tension permanente, même dans les rires (de la fille, de la femme), on sent un excès, une manière d'afféterie malsaine. L'ensemble est sordide.
Chacun conçoit que l'alcool est de trop ; que le chien est de trop ; que la télévision est de trop...
...que le voisin...
est
de
J'ai quitté la ruelle comme les premières feuilles jaunirent.
- 04/06
A perteComprendra-t-on enfin que je travaille à perte ?
S'il m'arrive de faire quelque chose, ce qui n'est même pas sûr, (rien n'est moins sûr), ce n'est pas pour être payé ou connu ou reconnu.
Mais c'est de la fausse modestie, cela ! Peut-être. Mais il est sûr que, devant les piques qui se dressent, ou les ravins sournois, moi j'entretiens mon amble avec précaution, certes, et patience, oui, mais abnégation, jamais résigné, jamais défait.
Parce que ce serait leur rendre trop d'honneur, aux fameux Ils qui empestent.
Même leur colère m'est salutaire.
Même leur mépris est fondateur.
L'été sous les musiques, la couleur des ciels sera toujours mon guide, quand les fissures de leurs cabanes seront percées des lierres.
Je me contrecarre devant leurs tablées voraces, et nocives.
Ils ne nuisent qu'à eux-mêmes.
- 03/06
Chez mon voisin 8Il y a aussi une petite fille.
Qui sait ce qu'elle voit dans l'estanco puant ?
- 02/06
Chez mon voisin 7 Il y a un chien, un être qui était petit, joueur comme un chien, et curieux de toute chose.
Le chien débarque, joyeux et curieux et paf ! un coup sur le nez ; il s'attarde à renifler, et paf ! un sur le dos ; il court après la balle, un enfant, et paf ! coup de pied dans le ventre.
Le chien couine, sous les coups ou la colère du maître mon voisin.
Je n'aime pas spécialement les chiens, je n'aime pas du tout les animaux domestiques, qui sont inutiles et flattent des instincts de leurs maîtres. Mais entendre ce chien est insupportable. Il couine des semaines durant. C'est devenu sa seconde nature : il est comme ces êtres qu'on n'aime pas : femmes ou enfants maltraités. Sa souffrance est son dasein. Leur amour lui équivaut.
Le chien couine, puis il apprend à aboyer. Alors il aboie. Mais on peut reconnaître les aboiements comme on reconnaît les pleurs d'un enfant. Ceux-là devenaient hargneux, d'abord colère, puis franchement méchant. Le chien devenait méchant ; sa mutation nous parvenait à travers les cloisons par ses cris. Sa colère, sa méchanceté devenait son exutoire. Même un chien. Même un chien, un homme peut avilir.
Ce que touche l'homme il l'avilit. Ainsi des femmes, des enfants, des chiens. Cet homme là, avili parmi les avilis, lui enlaidit tout. J'ai déjà dit ma répugnance. La voir concrètement s'activer de vivant, en somme, s'animer comme pygmalion, colère creuse et froide, hargne sanglante, cela finit d'achever mon jugement.
Le chien couine moins, aboie plus. Je le trouve pour qu'il me sente. Dans la rue, le caresse, qu'il me reconnaisse. Puis un jour vais frapper à l'huis du voisin - le chien aboyant sans cesse depuis des heures entières.
Le voisin paraît, dégingandé, l'éternelle allumette à la commissure (comme un relents de bave), l'éternel "bob" sur le chef. Il est sale, il n'est pas clair. Je me rends compte que ses deux avant-bras sont piqueté de blessures.
C'est le chien ; il s'en défend, s'en explique, s'en amuse, s'en justifie. Il faut le faire aboyer, lui apprendre à aboyer pour si quelqu'un entre. La maison transpire l'alcool. Lui-même a l'œil vitreux, et toujours, il pue.
Le chien ne dit plus rien - il ne dira plus rien de la soirée. Mais l'homme joue au chien, l'excite, le galvanise, avec cette odeur de sang moirée de vinasse.
La rencontre me perturbe.
- 01/06
Des listes 11 : 10 filmsAvec JMG Le Clézio qui fait paraître Ballaciné, sur sa passion du cinéma, c'est tout le mois qui se tourne vers cet art hybride. Comme lui, avec le film, pour commencer, "c'est aux larmes que je pense". Je le cite encore : "Le cinéma a en commun avec la musique de nous arracher ces précieuses gouttes, les seules vraiment salées de toutes les créatures vivant sur cette terre, à la dérobée, sans prévenir, sans qu'on puisse y résister." On pourrait disserter sur la misère actuelle du cinéma, mais une autre fois, car voici ma liste (la plus dure à mener, je dois le dire - la plus dure à tenir, du coup, en retour).
| 1. | Chris Marker | La jetée | |
| 2. | Martin Scorcese | Taxi driver | |
| 3. | Emmanuele Crialese | Respiro | |
| 4. | John Boorman | Deliverance | |
| 5. | Federico Fellini | 8 1/2 | |
| 6. | Joseph Mankievicz | In this your life |
|
| 7. | Juao Cesar Monteiro | A comedia de Deo | |
| 8. | Joel et Ethan Coen | Fargo | |
| 9. | Bernardo Bertolucci | Le dernier tango à Paris | |
| 10. | Barbet Schroeder | More | |
| + 1 | Au choix entre Godard, Rosselini, Duras, Resnais, Kieslowski, Kusturica, Lucas, Eastwood, Kurosawa, Akira, Ozu, Huston, et tant d'autres jamais vus, mais adorés par avance... | Au choix |
- 31/05
Ecrire, suiteDégager (comme une excavation) le temps d'écrire, c'est déjà écrire.
- 30/05
Prochain bûcherElle est douce, la nuit, et je m'y allonge.
Les herbes font des gestes vers la lune
Comme si elles souhaitaient atteindre
La lueur alors qu'elle respirent
Et ne dorment jamais
Elle patientent leur prochain bûcher.
- 29/05
Des listes 10 : Plantes discriminantes de l'Aphyllanthion monspelensis
Thymus vulgaris
Aphyllanthes monspeliense
Brachypodium ramosum
Dorycnium suffruticosum
Rubia peregrina
Ononis minutissima
Fumana coridifolia
Avena bromoides
Juniperus oxycedrus
Teucrium chamaedrys
Rosmarinus officinalis
Pinus halepensis
Helichrysum staechas
Quercus ilex
Carex halleriana
Brachypodium phoenicoides
Eryngium campestre
Argyrolobium linnaeanum
Staehelina dubia
Sedum nicaeense
Brachypodium pinnatum
Asparagus acutifolius
Psoralea bituminosa
Cistus albidus
Coronilla minima
Galium corudifollium
Quercus pubscens
Dactylis glomerata
Phillyrea angustifolia
Teucrium polium
Festuca duriuscula
Coris monspeliensis
Bromus erectus
Rhamnus alaternus
Sanguisorba minor
Smilax aspera
Asperula cynanchica
Hieracium pilosella
- 28/05
HumideCe qu'il y a de bouillant et doux, je l'avale qui m'avale.
- 27/05
Moignon justeEt puis au fait que perd-on vraiment, quand derrière l'isolée brindille c'est déjà tout l'aubier qui gronde ?
Au pire, on ne craint que de disparaître.
Notre agonie n'est rien face aux caveaux qu'on a creusé pour d'autres.
- 26/05
Passage
"C'était là qu'il me fallait aller" (Kafka)
- 25/05
C kan le boneur?Pourquoi aller derrière un autre tard, un mieux plus tard, appelé aussi "bonheur" (quel mot idiot) ? Ce sont des mots en vrac : pourquoi alors s'attacher à tant de paillettes, de futile, de factice ? Quand on songe à des constructions de la Renaissance, à des techniques ancestrales, à des arts millénaires ?
Et quand on regarde nos villes modernes, on est atterré. Tant de miséreux manque d'imagination.
Je suis à Montpellier : et je suis ravi par je ne sais quel embrun qui dépose sur nos paupières lourdes un peu de sel de mer.
La beauté, qui est un artefact du bonheur, ne réside que dans l'instant ; ou le "à-venir". Montpellier t'emporte parce que ce n'est pas la mer, mais elle est à deux pas. Le printemps te rappelle car l'été est juste là. La vie est une attente joyeuse car la mort est partout.
- 24/05
Garrigues
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- 22-25/05
Magnétique solitudeà René Char en son centenaire
Cet inconnu c'est moi,
accroupi parmi les bromes et dactyles.
Je sais que je ne le connais pas.
Je reconnais bien les bromes. Ils marquent la frontière
Entre les pavés qui se déchaussent et les murs secs et tombés
et les garrigues alentour.
Il a disséminé les éléments en vrac, cailloux, touffes d'herbes,
un cri, cet homme, un criquet, une main d'oiseaux.
Il a poussé aussi ici, le vent, et ce qui avance dans les yeux,
Ce sont lames des souvenirs, l'horizon d'hier.
Il a tailladé ce qui reste d'amarre
Au mot,
Au mot qui pris à la gorge du silence
Est une coquille aérifère
Au fond de laquelle
Tu trouves de minuscules graines de pavot.
Le mot est cette gousse indéhiscente
Et au fond, il y a le nom commun,
Le nom commun de cet inconnu
Le nom commun de cet inconnu.
Misérable levée des voix
Et le nom commun de cet inconnu
Précipité sur les pierres lavées des eaux rares
Lavées
Rares
Rend célèbre, possible, nécessaire
Ces vagues d'herbes piquantes piquées des couleurs
Qu'on nomme proprement Garrigues.
- 20/05
Donner à taire : Innocent reboursLa porte indolente laisse transpirer un rayon de tes sommeils.
Le drap, que j'amadoue encore, n'est pas plus blanc que le blanc de ton sein.
Dans tes rêves le soubresaut de toi fait une tache plus sombre encore dans la ténèbre.
De te voir, joyau unique pulvérisé, parcheminé de souple innocence, pelotonné de coton, je pose mes larmes au plafond comme les étoiles qui veillent.
- 19/05
Donner à taire. Sinon mourir"Ecrire est une orange sanguine : rond, rouge, acide"
Comment laisser du vide dans ce monde qui est un œuf, et comment donner de l'écrire, qui creuse, évide, quand tout l'espace et notre calendrier miséreux, nos vies, pleure sa pleine ?
L'art, s'il n'est pas, avec trois fois rien et éphémère, une petite excavation sur le monde ou la vie, n'est pas l'art.
Comment donner à l'art sa part d'ombre, de rien, de mal, qui rééquilibre le trop-plein ? Vide la baignoire ? Ou l'important ? Cette chose, cette chose sans importance, cette chose de ficelles, de trognons, de flaques ou de thalles ou de pollens.
*
cette chose effacée par le vent
séchée par le soleil
nécrosée par nos mains
écrasée par nos pas
digérées des termites
cette chose exercée et maudite
cette chose pas même du bois
cellulose
cette chose
qui vacille
toujours prête
à s'étendre
et pour le clou rouillé de laquelle je donnerai ma vie ?
*
Comment tenir entre ses mains... un trou ?
Et comment le bâtir, le protéger, le soustraire, le nourrir, l'étayer, le dire, ou le taire sans hâte, sans précision et sans intérêt ?
Sinon mourir.
- 18/05
RépitQuand le désordre est ambiant : répit
Quand les chiens se font passer pour des chats : répit
Quand le volume est trop fort : se taire.
- 17/05
Souffle douteux Je récuse les délétères !
Le monde me maugrée, âprement. Leur croyance prostitue, leur foi clouée aux portes !
je conspue
Le premier jour les visages sont giflés du crible du relents.
je conspue
Fervent capitaine aux entournures d'or, maudit !
je conspue
Je salis les indignes !
- 14/05
sans titreIl y a un temps pour l'eau, un temps pour la pierre brûlante.
Quand l'air se contracte, peau gercée par les ronces populeuses,
L'instant comme une lame dans tes yeux, luit.
Tu repasses le journal et de mornes habitudes, tes horizons faucilles.
Tes coudées du bocal et tes élans domestiques
Tu laisses le foyer qui souffle
Tu prends le chien sans laisse plutôt que l'enfant sans charme - et sans jambe.
Tu repousses la chaise et se renverse la table.
Les éclairs sur tes rides ont la teinte amère de l'artisan.
Quand tout perd, plutôt qu'un son-magot, tu ne crains pas de braver les cons et de faillir, perdre ou trahir, par de molles musiques.
Le temps à toi est d'une autre toile.
Il bouleverse jusqu'aux champs le peigne.
Alors tu redores les cicatrices et envenimes ta salive.
Les imbéciles et les indignes se lèchent les babines, devant l'espace ouvert comme une gueule. A toi de le serrer d'épines.
- 13/05
sans titreEpine solitaire aux accents de soleil ; Untel je m'allonge.
Les membres gourds par trop d'efforts inutiles, percé par le pieux de ses arches.
Né coiffé, mais d'inquiétudes, je redouble mes événements.
Pour en condenser subitement la vapeur. Qui pardonna, au juste ?
Sur les lacets frondeurs.
Et la vapeur devenue soufre. Lingot écarlate, écartelé et modeste.
Une manière de pavot brûlant, autorisé à nuire/taire ? Lambeaux indélicats, polluant la si bonne, la si bienvenue, la soupe.
Ce n'est que solitaire et incompris que je mâche sans errance.
- 12/05
sans titreSi je m'accroche aux vieux murs comme le lichen qui m'accompagna.
Au point que je n'ai pas entamé aucun ciment.
Quand j'ai déchiré mes peaux sur les murs des autres.
C'est aussi qu'à l'instar de tout ce qui faut et fait défaut, telle la lumière, l'eau des cuisses ou les brindilles de l'orage, c'est le creuset de certaines des pages les moins pires - celles qui s'abreuvent de souches - ESCORTENT LES SOURCES - vêtues de mousses et moisissures, dont je peux accointer l'œil.
- 11/05
sans titreLa ville est basse et elle te rougis. Ce n'est pas ma ville celle-là. Ceux qui la visitent auraient-ils une impasse, pour en déchiffrer la carte.
Ce n'est pas ma ville celle-là. Je n'y croise pas les traces de ton parfum femelle.
- 10/05
sans titreS'il y a de saines colères, il y a des joies effrontées.
Qui tapissent et blessent, défigurent la trame des offices aux sentiments.
C'est un dîner de guignes dans un désert soyeux.
Que sondent les racines
- 09/05
sans titreJe puis être touché par leurs merdeux barouds.
Leur misère se reproduit, comme se perpétuent les mouches.
La liqueur de leur bouche m'est plus corrosive
Que leur reflet est mien.
- 08/05
Roger Waters : Amused to death, 1992Voilà une chanson, sur l'album éponyme, pour fêter le dernier tour...
...de Roger Waters.
Doctor Doctor what is wrong with me
This supermarket life is getting long
What is the heart life of a colour TV
What is the shelf life of a teenage queen
Ooh western woman
Ooh western girl
News hound sniffs the air when Jessica Hahn goes down
He latches on to that symbol of detachment
Attracted by the peeling away of feeling
The celebrity of the abused shell the belle
Ooh western woman
Ooh western girl
And the children of Melrose
Strut their stuff
Is absolute zero cold enough
And out in the valley warm and clean
The little ones sit by their TV screens
No thoughts to think
No tears to cry
All sucked dry
Down to the very last breath
Bartender what is wrong with me
Why I am so out of breath
The captain said excuse me ma'am
This species has amused itself to death
Amused itself to death
Amused itself to death
We watched the tragedy unfold
We did as we were told
We bought and sold
It was the greatest show on earth
But then it was over
We oohed and aahed
We drove our racing cars
We ate our last few jars of caviar
And somewhere out there in the stars
A keen-eyed look-out
Spied a flickering light
Our last hurrah
And when they found our shadows
Groups 'round the TV sets
They ran down every lead
They repeated every test
They checked out all the data in their lists
And then the alien anthropologists
Admitted they were still perplexed
But on eliminating every other reason
For our sad demise
They logged the only explanation left
This species has amused itself to death
No tears to cry
No feelings left
This species has amused itself to death
Amused itself to death
- 07/05
Ground zéroIl ne faut pas oublier combien se banalise la liberté ; comment les mots peuvent s'user ; combien on cède facilement à la frontière (fermez-vous vos voitures, votre maison ?), au confort (avez-vous une voiture, une maison ?) ; malgré tout, la resistance est aussi possible.
- 07/05
Rebours 1 : sursautRegarde-moi, on ne se regarde plus...
Dis-moi que c'est bien toi, je ne te reconnais plus...
Tu es fière... mais tu ne peux plus te regarder en face,
Ou bien ce que tu vois un jour a menti à celle que tu étais,
Ou bien ce que tu est un jour a trahi celle que tu voyais,
Si je ne t'aimes plus, je te quitte. Mais je ne disparais pas ; les ventouses du lierre, même mort, restent.
- 06/05
Rebours 2 : animal libéralPuis ils ont commencé les réformes, les grandes Réformes...
Réforme identitaire : il fallait trouver les symboles propres à la nation : drapeau, langue, patois même, mais aussi origines, puis hérédité, générations, puis génome ; terroir : territoire. Qu'est-ce qui nous fondait en tant que français ? Et comment ceux qui refusaient ou oubliaient ces valeurs communes étaient invités à changer de pays : La France, soit tu l'aimes, soit tu la quittes.
Réforme du travail : le travail est devenu l'unique moteur de réalisation de l'individu : ce n'est pas la culture, la connaissance, le souci d'élever une famille ou le voyage qui anime les jeunes : c'est une place, un rôle, indiquant là-aussi l'importance de la valeur pécuniaire, mais aussi la gestion du temps ; ceci avec pour conséquence d'enrichir ceux qui participent déjà au système, et méprisant les non qualifiés, les sans emplois, les "mi-temps", les "moins du mi-temps", etc.
Réforme sociale : la réforme sociale s'est articulée sur celle du travail, et bien sûr sur celle de l'identité et de l'économie. Rien de nouveau, sinon qu'on lutte à la fois contre le "gaspi" et les profiteurs, créant de la sorte un climat de tension, que les journalistes les plus audacieux qualifiaient d'anxiogène.
Réforme économique : intimement attachée à la réforme du travail, la réforme économique se place dans une optique résolument libérale, au sens des grands débats idéologiques de la fin du XXe siècle. Les entreprises sont aidées, les entrepreneurs prennent position dans le débat public et politique, les profits l'emportent sur les salaires et les salariés, et même sur les produits et les clients. Seul compte l'argent, qui est la valeur cynique qui colle parfaitement à celle de l'identité dite nationale.
Réforme judiciaire : on projette de réviser, gentiment, l'indépendance de la justice. La justice devient une notion d'équilibre naturel à la fois appuyée sur un sentiment religieux, la justice induit la bonne foi, ainsi qu'un discours que suscite la police du monde. Si la justice ne porte pas la parole qui se répand sur les champ de l'identitaire, du religieux, du socio-économique, à quoi peut-elle servir ? De fait la prison, mais aussi le centre de détention provisoire, l'asile psychiatrique, sont les lieux où la société camoufle ses dévoyés, et éventuellement les redresse. Les prisons se peuplent jusqu'à l'extrême. Manque seulement l'issue digne pour tous ces gens...
Réforme étatique : à quoi sert l'Etat ? A inciter les entreprises à tel ou tel plan ; à la fonction de représentation ; à gérer un certain nombre d'affaires courantes, dont l'armée et le nucléaire. En aucun cas, à subvenir à tous les besoins. Une idée est d'ailleurs d'ores et déjà tenue pour obsolète (parce que coûteuse sans doute) : celle de fraternité ou de répartition, celle en somme d'équité. Au contraire on place dans le schéma éducatif et culturel l'idée de mérite, soit l'idée de concurrence appliquée aux individus. Les fonctionnaires sont ainsi placés dans une compétition au même titre que les entreprises privées. Leur nombre est fortement revu à la baisse. Les sociétés ou établissements publics fusionnent en masse, jouant bien sûr le non-renouvellement d'un certain nombre de départs à la retraite. La retraite, justement, comme la sécurité sociale ou les assurances chômage ou les impôts mêmes, sont profondément revus de sorte que leur attribution soit fonction du degré d'intégration, de bonne volonté et de fidélité des personnes concernées. L'Etat n'est plus porteur de la nation comme unité transcendante, mais il récrimine au contraire les trop lointaines singularités.
Réforme publicitaire : la publicité n'est pas seulement celle faite au produits de consommation, mais peu à peu aux services (banque, poste, assurances, puis gares, hôpitaux, écoles, prisons, etc.). L'idée est que chaque chose coûtant de l'argent (chaque produit) se devant d'être rentable, il est fatalement mis en concurrence, ne serait-ce que d'un point de vue rhétorique, avec les autres. La publicité possède alors son ministère. Je me rappelle l'inflation du mot de "qualifié" dans la bataille électorale (la dernière) ; je me rappelle aussi chaque candidat qui transforme ses pourcentages en nombres de voix ("sept, huit ou onze millions de Français"..).
Réforme du langage : une réforme du langage profonde s'est instaurée étant principalement due : à l'excès de l'anglais dans les milieux de l'entreprise et de la publicité ayant des répercussions, comme on vient de le voir, sur la vie publique ; à l'usage de plus en plus anarchique du langage sténographique lié aux nouvelles technologies et à l'internet.
Réforme des médias : l'internet sera contrôlé, les grands journaux appartiennent à des armuriers, les télévisions sont le cirque des politiques, la radio disparaît, etc.
Réforme écologique : l'écologie devient une priorité : on amalgame nucléaire et sécurité/indépendance ; on limite toutes les mesures de préservations de la biodiversité qui empiètent sur le domaine privé ; l'Etat vendant beaucoup (on dit "privatise"), le foncier devient une valeur pécuniaire/identitaire importantissime ; on facilite les cessions ou successions : la terre devient familiale, la famille étant un noyau de la patrie. L'écologie se résume alors à la gestion de la nature par l'homme, qui en recense les éléments rentables - ou non : la chasse, comme les sports verts comme le quad sont les signes de l'évidente supériorité humaine.
Réforme militaire : le nucléaire étant un facteur écologique de choix, son recours est toujours proche d'un éventuel usage nucléaire. La sécurité et l'autorité implicitement évoquent l'usage de la force. Un état rendu à ses seules préconisations idéologiques doit être fort ; la conscription est rétablie ; les formations militaires se déclinent ; la jeunesse voit en l'armée un évident moyen de réussite, l'état voit en elle le ciment pour cette jeunesse, toujours tentée par des accès contestataires. L'armée est la suprême contestation. Dans le monde entier, plutôt que sa culture ou sa langue, c'est l'Armée Française qui doit être reconnue, visible et active.
Réforme génétique : comment la boucle se boucle. La société s'étant rapproprié l'espace par des pratiques mêlant prédation et guerre, redonne ainsi à la lignée toute son importance : de là à ce que la famille définisse la patrie, la patrie la nation et la nation un génome spécifique, il n'y a qu'un pas, ce pas sera vite fait. Déjà les exclus ou les marginaux sont "génétiquement" malades : pédophiles, suicidaires, le sont du fait de leur héritage génétique. De là à ce que toute implication socioculturelle ou économique comme facteur influant soit niée, il n'y aussi, évidemment, qu'un pas. Plus de phénotype ; seul le gène gêne. Tout se tient, alors, pour finir : il y avait bel et bien des frontières entre les choses, qui s'opposent sans discontinuité ou complexité. Toute notion induisant la double-lecture, l'interprétation, la relativité est non seulement évacuée mais encore proscrite. Il n'y a qu'un seule voie, qu'une seule voix, et toute modulation doit être dûment justifié. Sans quoi le dossier serait susceptible d'être rejeté...
- 05/05
Rebours 3 : victimesC'est la puce à l'oreille qu'on aurait dû avoir, d'emblée, lorsque le discours politique s'est engagé sur la pente de la culpabilisation. Qu'y avait-il en jeu ?
C'est une autre dimension du discours d'alors, dont on a trop facilement oublié qu'il était lié à la religion - du moins au fait religieux.
Si l'homme politique convainc, il n'est pas nécessaire qu'il se pose en messie. Or l'époque, si libre soit-elle - je l'ai déjà dit : tous les discours ont été éprouvés, mais les plus surannés fonctionnent encore le mieux - semblait lasse de sa laïcité.
Le fait laïc n'interpellait plus, il n'était plus l'objet de batailles, de revendications. On avait imperceptiblement glissé d'un farouche défense du laïc vers une tiède acceptation (tolérance, dit-on) du fait religieux, sous toutes ses formes.
Moi, je me rappelle, j'étais athée, c'est-à-dire que je ne croyais en rien, mais en rien de rien de rien du tout. L'idée même qu'il pût exister une conscience supérieure, divine, transcendante, était une aberration, la renonciation à la liberté, une chose grotesque presque ridicule. Je respectais les croyants, mais me moquais un peu de leur foi.
Or j'ai commencé à rencontrer de plus en plus de personnes d'abord animistes, puis sceptiques, puis se disant d'héritage catholique, jusqu'aux expressions communes d'aujourd'hui.
Et bien je me rappelle que c'est là, à ce moment là que c'est naît, ça, c'est devenu notre héritage national, puis notre foi européenne, Europe qui s'est érigée en continent dont la religion fondait l'identité ! Ce n'était plus seulement les USA qui nous snobaient ou nous influençaient : c'était en nous, c'était nous.
- 04/05
Rebours 4 : mensongesL'idée frappante qui me vient en premier, lorsque je pense à cette époque dont on garde, me semble-t-il, une bonne impression, voire de doux souvenirs, c'est qu'on se plaisait à détourner, transformer, évacuer ou escamoter la parole vraie. Peu importe la véracité ou même la vraisemblance des propose tenus : si le raisonnement était convainquant, on était simplement convaincu. On ne remettait jamais en cause le chemin logique ou l'absence même de chemin qui caractérise les discours qui travaillent sur les affects, les instincts, les sentiments.
Bref on nous sortait des mensonges, ou bien des approximations, ou bien des omissions, mais le peuple - cette entité préalable mais absolument insaisissable appelée le peuple - gobait, parce que le mensonge était dit avec conviction, ou bien était-il séduisant.
Vous pouvez dire la plus grosse ânerie, au sujet de certains points sensibles dont vous savez qu'ils peuvent incidemment toucher l'être au plus profond - des sujets déjà bien choisis, bien litigieux, bien tendancieux : si vous ne bronchez pas, et gardez à la fois votre sérieux et votre calme, et que vous saupoudrez le tout d'une bonne foi, qui est quand même une foi, vous serez entendu. Tous les professeurs savent cela, tous les conférenciers, tous les politiques.
C'est vieux comme Socrate et Platon, mais ça fait toujours rire. Pire, les recettes sont archiéprouvées, mais ça marche encore : les plus teigneux, s'ils sont les plus virulents, l'emportent à tous les coups.
- 03/05
Rebours 5 : contexteOpulence, c'est ce mot qui me revient en tête le premier. Opulence. Une opulence ravie, insouciante jusqu'à l'obscène.
En ce temps là, du moins ce qui me revient, c'était une grande joie, je veux dire, une joie... non, pas une joie, pas une gaieté, je ne sais plus.
Pour vous dire, jamais on n'avait eu autant de plaisirs sur la terre, peut-être. Il n'y avait pas tant de voiture, pas tant de goudron.
Je me rappelle de l'eau courante. On ouvrait un robinet et l'eau coulait, comme dans une mer, mais une eau domptée, une eau domestiquée ; d'ailleurs l'eau venait dans chaque maison. Dans chaque maison il y avait de l'eau qu'on appelait courante.
Il y avait aussi des écoles, c'est ce qui me revient tout à coup ; les enfants, tous les enfants allaient à l'école ; on apprenait, on apprenait toute sa vie. On apprenait en riant, comme on pouvait placer un verre sous un robinet d'eau courante.
Je ne dis pas qu'il n'y avait pas de malheur, de tristesse, ni même de combats. On se parlait beaucoup. On lisait des journaux, on regardait la télévision. On allait au cinéma, on prenait le tramway, ou même le train pour rendre visite à des parents éloignés.
On était peut-être un peu seul... C'est peut-être à cause de ça que tout s'est dégradé... on se sentait seul. D'ailleurs il y en avait d'autres, qui ne parlaient pas notre langue et qui voulaient savoir ce que c'était que d'avoir de l'eau courante, giclant du robinet.
Mais en tout cas on ne se doutait pas de ce qui surviendrait. Certaines Cassandre nous avaient prévenus, mais on était trop jeunes ou trop occupés pour les écouter.
C'est l'eau qui a d'abord canalisé toute l'attention, ou plutôt son manque. Cela a dissimulé le reste : pour assurer son approvisionnement, son transport, le gouvernement, pourtant élu, a eu recours à de plus en plus de sévérité, de raideur.
C'est un gouvernement élu, les gens avaient voté en masse pour ces personnes, qui clamaient simplement un peu d'ordre, d'autorité, revendiquaient simplement une certaine responsabilité.
Moi j'étais écrivain, c'est-à-dire que j'écrivais des livres, dans lesquels s'agitaient des personnages fictifs, dans des situations fictives et des villes fictives. Les écrivains, à l'époque, étaient narcissiques ; ils travaillaient pour eux. Pourquoi personne n'a remarqué que les éditeurs, les grands groupes de presse étaient passé aux marchands d'arme ? Pourquoi personne n'a dénoncé cela ? Pourquoi n'y avait-il pas de syndicats d'écrivains ou d'artistes ? Pourquoi d'ailleurs n'y avait-il pas de penseurs qui puisse être écouté, et qui puisse haranguer les foules à ne pas céder à cette facilité ?
C'est la première chose, qui me frappe encore aujourd'hui : c'est l'eau qui a tout fait commencer, mais cette inondation s'est répandue sur un lit de grande indifférence autiste, autocentrée, égoïste.
C'a été ça : chacun pour soi dans un monde soudain devenu très simple : il y avait nous et les autres, les bons et les méchants, le dedans et le dehors, le bien et le mal, le blanc et le noir.
Des générations de penseurs, scientifiques, de toutes les disciplines, se sont échinés depuis au moins le XVIIIe siècle à démontrer que le monde est complexe, toutes les révolutions coperniciennes ont eu lieu, Copernic, Kant, Freud, Darwin, Marx, Nietzsche et tout le XXe siècle, Derrida, Deleuze et Foucault en tête, mais résultat des courses : dans une situation de réaction instinctive face à des stimuli pavloviens, c'est le repli sur soi, la peur, la haine. Le monde n'était plus complexe du tout, on niait l'héritage des grands brûlés de l'histoire, des fous ou des artistes. Cela ne comptait plus. Ce qui comptait, c'était d'assurer son territoire : salon (avec télé au milieu, sièges disposés autour), maison, garage, gazon. Le reste, s'il n'avait pas de ressource de plaisir immédiat (grandes surfaces, nature devenu terrain de jeu de quads, motos, vélos et même randonnée, cinéma géants, stades ou bars) n'avait pas de valeur.
Tout ce qui comptait était devenu ce qui avait une simple valeur pécuniaire. Le reste de menait à rien d'autre. Le reste était considéré comme l'anarchie.
- 02/05
Retour à la garrigueVoilà : il y a un lieu où la beauté mêle l'homme, la plante, l'animal. C'est bien sûr en Drôme, cela se nomme La Garde Adhémar, contrefort solide contre les flux nocifs de la Vallée. Petit détour par la garrigue. Juste (presque) des végétaux.
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- 01/05
voix d'encreJe profite des deux photographies prises dans les bureaux de la maison d'Alain et Françoise Blanc, les premiers à m'avoir fait confiance, pour signaler l'existence de leur site, celui des éditions Voix d'Encre.

- 01/05
Des listes 9. Liste des chansons pour la mancheJe prépare ma saison de manche, où je parcours les villes du sud la guitare à la main et mon répertoire dans la tête. Alors j'ai intégré de nouveaux morceaux cette année. Voici un petit florilège, mes dix favorites à chanter dehors, moitié en gueulant, moitié en transpirant. Je dois dire que je chante beaucoup de chansons anglo-saxonnes, d'abord parce que j'aime ça, et puis les gens souvent les connaissent, et puis aussi la chanson française qui tient la route, mais la plupart non. Mais je n'en dirai pas plus, car voici ma liste.
| 1. | David Bowie | Eight lines poem |
| 2. | The Beatles (John Lennon en fait) | Happiness is a warm gun && Come together (eh oui) |
| 3. | George Brassens | Le pornographe && 95% |
| 4. | Neil Young | Rockin' in a free world |
| 5. | trad. italien | Cade la 'liva |
| 6. | Jacques Brel | Fernand && Au suivant |
| 7. | The Rolling Stones | Sweet black angel && The storm |
| 8. | Robert Johnson | Stop breaking down |
| 9. | Dominique A | Motus |
| 10. | Têtes Raides | Trumpet song |
| 11. | Patti Smith | Gloria (in excelsis deo) |
| 12. | Nina Simone | My baby just cares for me |
| 13. | Thiéfaine | La vierge au Dodge 51 |
| 14. | Pink Floyd | Cymbaline, Brain damage && San Tropez |
| 15. | Marvin Gaye | heard it through the grapevine |
| 16. | Creedence Clearwater Revival | Walk on the water |
| 17. | P.J. Harvey | Down by the water |
| 18. | Thomas Fersen | Bijou |
| 19. | Rev. Gary Davis | Cocaine |
| 20. | Bourvil | Le bal perdu |
- 30/04
Le feuAntoine, le fils
Moi j'ai vu le premier la fumée, mais j'ai rien dit à personne ; j'avais mieux à faire, j'devais retrouver Ginette, et j'était pressé. Son mari était aux champs pour toute la journée, et c'était un dimanche (j'm'en souviens parce que j'ai croisé le curé en habits et qui m'a dit :"Alors 'Toine, toujours à courir"). Et en passant du côté des fayards j'y ai vu c'te fumée qui sortait des fenêtres et des portes qu'étaient toutes fermées, volets compris. J'me suis pas posé plus de questions. j'avais à faire, j'filais. C'est tout.
Margot, la lavandière
Je les aimais pas, moi, tous ceux qui passaient et allaient, sur la route, surtout les hommes. Vous savez pas ce qu'c'est d'avoir toujours les mains dans l'eau froide de c'te maudite source glacée, les genoux sur le pavement froid et dur, les doigts gourds, le dos toujours cassé. Alors suffit qu'y'en ait un qui m'parle, qui me touche le cul ou qui me charrie - c'est plus fort que moi. J'suis une bête, moi, je mords. Attention, hein. J'suis pas tendre avec les cons. Je tape, aussi. Mais la plupart le savent. Si ça s'trouve, c'tait un gars qu'était pas au courant... Cette histoire a bien envenimé les chose, quand même...
Lucette, la victime
J'suis une des premières arrivée ici, on m'a peu pleuré, mais maintenant tout le monde est là, et tout le village est mort, on est tous là dans nos cages de sapin. Moi, surtout, ce qui me déçoit dans la mort, c'est la souffrance. On se rend pas compte mais une mort douce donne une mort douce, une mort douloureuse une mort douloureuse. Je veux dire : un mourir doux provoque une mort douce : si tu meurs dans ton sommeil, toute la mort, qui est infinie et ne termine jamais, toute ta mort sera douce. Mais moi j'ai mouru mal, en criant, en souffrant ; j'ai mouru brûlée vive, qu'on dit. Je crie encore, toujours, jusqu'au bout. Vous pouvez pas savoir comme c'est pas juste. Surtout qu'à ce qui paraît, le feu, l'est pas venu comme ça. Si vous voyez ce que je veux dire. On l'aurait foutu à la paillasse, pour des histoires de vengeances. Maintenant toute le monde il est mort avec moi et ils sont pas plus vengés que moi qui brûle...
- 29/04
Dernier parking avant la plageVoici un Capricorne. C'est mon signe astrologique, on a donc des raisons de se croiser dans la ruelle.
Comme on le voit, c'est un insecte peu adapté à la vie des hommes (la ville), et même dans la nature, il est assez mal à l'aise : couleur noire, longues antennes encombrantes, lourd poids ralentissant le vol, déséquilibre rapide, etc. Lorsque je m'approche et cherche à l'attraper, il produit une espèce de son à la manière d'un orthoptère (criquet ou sauterelle), mais en rentrant la tête dans l'abdomen - il doit avoir un système de râpe musicale là-dessous. Lorsque je le prends en photo il mime une espèce de danse avant d'essayer - sans succès - de s'envoler...
Effectivement, renseignements pris, CERALBYCIDAE. Longicornes. Famille de plus de 25000 coléoptères, la plupart avec de longues antennes s'insérant sur des tubercules saillants. Antennes plus longues chez le mâle que chez la femelle. Corps nettement allongé et souvent aplati plus ou moins sur le dessus [...] Nombreuses espèces très colorées, souvent avec des différences notables entre les sexes [...] Ailes postérieures développées ; vol nocturne ou diurne, avec un mouvement spectral d'envol et de pause [...] Elles se nourrissent de fleurs - en fait de pollens - et de feuilles, mais la plupart prennent peu de nourriture à l'état adulte. Beaucoup peuvent striduler en frottant la base du pronotum sur une plaque médiane du mésonotum : elles le font surtout lorsqu'elles sont inquiètes.
Mais voici ce qu'un homme, x, peut se dire, en son âme et conscience si, un jour de dimanche, il croise le capricorne dans la ruelle.
1. Si c'était une espèce menacée, elle serait donc devenu une espèce protégée, c'est-à-dire, comme dit l'humoriste, que c'est terminé pour elle, qu'on la tient au courant, mais qu'il y a peu de chance de s'en sortir.
2. Si je l'enlève du chemin (je sais qu'il existe un risque de chien et de chat), mon destin interagit avec le sien, j'aurais profondément induit la suite de son chemin, notamment du fait que son inquiétude le stresse (donc le fatigue) mais peu m'impressionne, tout comme sa taille, et que je peux agir avec lui comme une espèce de géant, c'est-à-dire une espèce de dieu, pour le déporter un peu plus loin, ce que je considère, "à l'abri". Mais n'étant pas un dieu, je ne peux pas savoir ni 1. ce qu'il fait là (d'où il vient) et 2. ce qu'il va advenir de lui. Sans le savoir, par conséquent, je peux le placer dans une position encore plus périlleuse, sous la menace d'un danger plus grand.
3. Si je ne fais rien, je le laisse évidemment, clairement et ostensiblement au vu et au su de tous, mais aussi à la merci du chien du voisin, qui est bête, du chat de la voisine, qui est vicieux. Il y a fort à parier qu'il terminera mal en point. Mais il aura vécu sa vie sans l'ingérence d'une main qu'il ne peut ni voir ni comprendre (même chimiquement, ou physiquement). Comme le dit Yoda à Luke Skywalker dans L'Empire contre-attaque : si tu retrouves tes amis, qu'une vision te montre en péril, tu détruiras ce pour quoi ils ont souffert. Le longicorne sera donc à la merci de tout et tout, mais tu n'auras pas chamboulé sans raison son destin.
4. En m'approchant je vois sa danse avant décollage et surtout qu'il a une aile probablement froissée ou brisée, de sorte qu'il ne parvient pas à prendre son envol. Il est donc, à quelque chose près, condamné. Dans la nature, cela participe de la sélection naturelle : les plus faible, soit du fait de leur génotype (leurs caractères innés, l'héritage de l'espèce), soit de leur phénotype (leurs caractères visibles, les cicatrices de la vie). En agissant pour le sauver, je nie les lois naturelles, et je construit un système de défense des faibles et des malheureux, avec son cortège de grâce, d'esprit chrétien, mais aussi de culpabilité, voire d'autosatisfaction. En n'agissant pas, je lutte contre ce même système et je peux être jugé, par moi ou autrui, comme un monstre, un sans-cœur, un être froid et impassible qui n'aime pas les animaux.
Le cœur demanderait donc l'intervention ; la raison en démontre l'inactualité.
Que faire ?
(Autres renseignements pris, les Longicornes, dont les larves sont xylophages, sont selon les espèce et les régions, considérés comme nuisibles.)
(Autre remarque : cette manière qu'à l'homme, nomade contrarié, de décréter des espèces menacées, des espèces nuisibles, est aussi le signe d'une grande ambiguïté interne... On se penchera sur le dialogue entre NS et Michel Onfray, notamment au sujet de la responsabilité.)
- 28/04
On air 3 : les exilés du dialogueA., passablement éméché à la terrasse du bar, alors qu'on vient dîner après le coup de projecteur, parle des Exilés du dialogue.
Il était passé, puis de suite reparti.
Il dit : "les gens parlent d'eux-mêmes, mais moi je n'ai rien à dire de moi ; déjà que je ne m'aime pas, etc."
Je me demande si A. n'a pas un tout petit peu raison.
Pourquoi avoir invité Travaux Publics ? Pour se faire entendre dire qu'on écrit beaucoup ? Pour prouver quoi ? Et à qui ?
On en parlait avec Raphaël la veille de l'émission : aujourd'hui, jamais personne n'a pu autant proposer sa vision, son discours, sa pensée. Il y a l'autofiction (parenthèse : entendu Chloé Delaume sur FI, et décidément, je ne peux souscrire à ce genre de travail autotélique), la télé-réalité, les docufictions, et surtout les blogues.
Chacun s'exprime, le plus souvent parle de soi. Or s'il peut y avoir un intérêt à dénicher en soi tel ou tel nœud ou pincement duquel peut être tiré le fil d'un récit ou d'une pensée, il en va tout autrement de l'expérience du tout-dire, avec boisement psychanalytique et parement de confession chrétienne. Je maintiens l'opposition Deleuze-Angot. Et je maintiens le nécessaire versant autobiographique lisible dans la littérature et même la philosophie.
Chacun peut dire ce qu'il voit, qui il est, ce qu'il ressent, ce qu'il pense. On multiplie les blogues, qui sont le plus souvent moches, indifféremment tous identiquement structurés, parfois surchargés de petits modules techniques inutiles, mais récurrents.
Eh bien ?
Qui les lit ? Qui les décortique ? Qui y écrit quelque chose de neuf ? Qui s'engage là-dedans ?
Au lieu de provoquer à la rencontre, à l'échange, au dialogue, on assiste soi à du copiage/collage, soit à de simples satisfactions personnelles.
On convoque tous ces mots, toutes ces pages, tout ce fatras de mots, de pages, de petits bonheurs ou malheurs intimes, en vain.
Je comprends qu'on devienne des exilés du dialogue.
- 27/04
On air 2 : polygoneCe qui est beau toutefois (et cela a quelque lien avec les deux textes suivants, c'est-à-dire ci-dessus), c'est qu'un homme qui a la faculté de créer des liens, de voir des relations entre les événements ou les choses, de ressentir très vite les gens, ce qu'ils veulent, ce qu'ils proposent, arrivé à 12h30, reparti à 20h30, doit monter une émission dans ce court laps.
Je l'ai dit ailleurs, cette capacité de lier, Kant l'appelle intelligence ; Antonio Tabucchi dit qu'elle donne du plaisir.
Je note deux corollaires : 1. en tant que littéraire, avec des "humanités", comme on dit, JL pousse à l'extrême l'UNIQUE CHOSE QU'ON APPREND DANS LES FACULTES DE SCIENCES HUMAINES, en tout cas en Lettres : c'est-à-dire faire un plan, l'organiser, trouver une problématique, et la résoudre en peu de temps, d'espace et de moyen ; 2. que cet exercice englobe comme fondamental une large part du hasard, de la circonstance, d'éléments absolument pas maîtrisables, au mieux envisageables ou appréciables après coup, et qui déterminent, une bonne fois, le sens et l'espace de la relation.
Et ce qui est beau, j'y viens finalement, c'est qu'avec ce champ d'éléments épars, on a construit tous ensemble une figure unique, limitée dans le temps et l'espace, et qui aurait pu être tout autre. Il y a un champ de possibles vastissime, et on extrait de lui et du possible de toutes les émissions possibles, une seule émission qui demeurera unique jusqu'à la fin des fins : cela pose le problème de la responsabilité, n'est-ce pas ? Et l'évidence du direct.
Cela pose aussi la question de la liberté - par conséquence sensible.
Cela pose enfin la question de la beauté, qui est rare et unique - espèce menacée !
- 26/04
On airUn instant, un instant seulement, et puis il n'y a plus rien. Tout s'est tu pour un instant, ce silence a été longtemps fomenté, préparé jusque dans les moindres détails. C'est un silence compté.
Puis tout a repris son cours. Les invités se sont éclipsés, les étrangers lâchèrent leur bastion.
Plus tard, les grenouilles, incessamment et avec fracas, boursouflaient au soir sec et craquant.
On a dormi dans ces mâclures.
- 25/04
Sur la routeUn homme collé au sol, il passe d'huis en huis. Il est grand est plutôt fin, blond, il n'est pas de chez nous. Mais il a la voix qui porte, et il avance. Il dit franc. Il est hôte chez l'hôte, humble chez le humble, puissant chez le puissant. Il est en retrait, quoique devant, ses yeux se plissent et il pétille. Il mime. Il joue. Il est seul, aussi. Il avance.
Il passe d'huis en huis, de seuils en seuils ; son pays est une carte, il n'a pas de racines. Comme il ne possède rien, il possède tout, il a la joie et le doute, l'œil... et puis il vous bénit.
Il passe de ville en ville, de seuil en seuil, et d'huis en huis.
Vous vous tournez, un souffle, ...
Et il est parti.
- 24/04
Ciel épineuxQuel est ce barbelé qui déchire le ciel ? Un feutre, un pinceau de jaune, qui camoufle l'aiguille douloureuse.
L'été a déjà brûlé quelques herbes, et ce sont les eux qui sacrifièrent la saison.
Nous n'avons pas d'autre chemin, que le sable brumeux du matorral.
Alors armé de nos arbres d'épines, nos genêts scorpion, nos prunelliers, nos chênes verts et kermès, nous allons.
Nous allons : à pied, sans carte aucune, à travers les ronces, les branches, les dards : nous voilà jeter sur la grande mer sans escale. Nous étoufferions plutôt. Nous appareillons à l'aube, de laquelle nous buvons quelque rosée dernière.
Derrière, déjà, c'est l'horizon qui dévale. Les fumerolles qu'exhalent le sol fissuré.
On a marché et nous marcherons longtemps avant les abris, les ressources, les encoches, les corniches.
Les martinets savaient déjà. Ils avaient dissimulé hirondelles, bourraches, criquets. Chaque jour de nouveaux venus s'ajoutaient. On allaient vers les déserts. On faisait comme si on ne se rendait pas compte. On bravait tout ça. On plaisantait. Puis le chien est mort. L'arbre centenaire. Le reste. Tout.
On avait franchi les barrières de l'été
C'était notre éclat, notre franchise.
On serait revenu nomade...
.
- 23/04
DéphaséVraiment l'impression de ne pas vivre réellement. Tout ceci n'est qu'une farce, un rêve, une fiction. Il n'est pas possible de choisir plutôt la concurrence, plutôt la sévérité. Plutôt le contraire de la joie, de l'insouciance. Il n'est pas possible de ne pas vouloir la rencontre, le dialogue. Il n'est pas possible de vivre la sérénité.
Si : cela est possible. Cela est. Ceux qui vivent dans les lotissements, et chérissent chien, voiture et gazon ; ceux qui se tuent au travail ; ceux qui préfèrent le bonheur immédiat ; ceux qui ont peur de leur ombre ; ceux qui n'aiment pas le risque ; ceux qui se rassurent ; ceux qui n'ont pas de goût : ils ont choisi, ils ont préféré.
atterrirai-jeMoi, qui ne suis pas comme eux, sur quels cartons, dans quelles rues désertes, noire et sale, vers quelles rivages atterrirai-je ?
- 22/04
Et siEt s'il fallait passer par ça, qui couve innocemment, pour rencontrer l'ailleurs, affronter l'inconnu ?
Ca est si prévisible...
- 21/04
RétrofictionJe modifie des textes après coup. Aucune valeur juridique ces dates, d'ailleurs, au fil où vont les choses, on s'attend à ne plus avoir de dates, du tout. A quoi servent-elles ? A mesurer notre impuissance ? Notre veulerie ? A marquer les étapes de notre effondrement ?
Tu vas voir qu'ils nous surveillerons pour avoir tu le temps. Quand eux nous le restituent. Mal en point, certes, couturé, certes, écartelé et usé, mais bien posé entre nos mains. Usagé.
- 20/04
En pocheIl avait une arme. Non pour tuer ou chasser, il avait une arme car il était un droit de police. La police arrive, alors, pour lui échapper, peut-être, et devant aussi les gouffres de l'avenir, pan !, et voilà.
Il y a toujours l'arme. Il devait porter ça en lui, un héritage quelconque. Il est la première victime.
Pan. L'arme est là, et lui n'est plus.
Pan. Et c'est fini.
Pan.
- 19/04
PrintempsLes martinets, les faucilles de l'été, qui hâtent la moisson de nos futures peines estivales, les voilà qui débarquent, fatigués et stupéfaits, au-dessus de ma maison.
Alors cela veut dire que la stupeur, quelques heures, sera mon bâton, ma chemise. Que très peu de temps, on est simple. Et amoureux.
- 17/04
Note sur la cultureOn n'a jamais comme aujourd'hui eu accès à autant de culture, et souvent gratuitement. Une image, une chanson, un mot, un fait d'histoire, nous arrivent avec internet en un clin d'œil.
Malgré tout, on souffre d'un grand défaut général de culture (ou d'un grand défaut de culture générale).
La composition du livre risque d'en être changée. Il paraît évident que ces raccourcis vont nous chavirer l'ordre des pages...
- 16/04
Lieux trop familiersCreuser ce sillon des lieux privés ou non, et où il n'y a pas d'échange - ou mieux : que de l'échange, qui étaient les hétérotopies de Foucault, plus : les arrière-cours, les impasses, les contre-allées, les souterrains, les toilettes, qui sont autant de déserts fossilifères où l'on relève des traces, mais vidés d'humains. Lieux de solitude, éprouvés dans leur solitude, dans la solitude. Du linge qui sèche, des déchets, des rebuts, des chaises vides, des cadenas seuls, de la fumée, des mauvaises herbes, des végétaux rendus sauvages, des odeurs de cuisine ou des bruits de vaisselle, parfois un vieillard appuyé sur sa canne, le temps, lui, figé.
Freud parle d'unheimlich et décrit la sensation d'angoisse qui en est le signe. Il faudrait trouver un mot pour dire ces lieux, la sensation qu'ils m'inspirent, oscillant entre joie profonde (ravissement) et tristesse ineffable (nostalgie ?). Ce pourrait être le sentiment du vague - qui n'est pas la mélancolie en tant que telle (il y a un côté mécanique dans la mélancolie qui ne se trouve pas ici).
Un état proche de l'unheimlich, sans être ni le contraire, ni l'opposé, quelque chose qui tiendrait du trop-heimlich : überheimlich. Voire urheimlich.
La sensation du terrain vague, qui a trait à l'enfance, s'encre en elle, et de même autorise l'imaginaire. Lieux ou quelque chose a été, qu'on sait avoir été (et donné sens à ces endroits), mais qui n'est plus. Pourra-t-il jamais être ? Non, sans doute, mais l'éventualité persiste. Lieux de Pénélope, espoir d'une chose aimée et perdue.
- 15/04
Genova 5 : Hommage à Fabrizio de Andrè, dit aujourd'hui FaberDeux textes forts différents de Faber, Via del campo, rue des prostituées (maintenant plutôt vers la Via della Maddalena, mais en tout cas non loin de l'Université de Gênes) et Sogno numero due. La première est de 1967 (FdA, Volume I) et la seconde de 1973 (Storia di un impiegato). Celle-là est du Brassens moderne, l'autre parle comme La folie du jour.
VIA DEL CAMPO
Via del Campo c'è una graziosa
gli occhi grandi color di foglia
tutta notte sta sulla soglia
vende a tutti la stessa rosa.
Via del Campo c'è una bambina
con le labbra color rugiada
gli occhi grigi come la strada
nascon fiori dove cammina.
Via del Campo c'è una puttana
gli occhi grandi color di foglia
se di amarla ti vien la voglia
basta prenderla per la mano
e ti sembra di andar lontano
lei ti guarda con un sorriso
non credevi che il paradiso
fosse solo l“ al primo piano.
Via del Campo ci va un illuso
a pregarla di maritare
a vederla salir le scale
fino a quando il balcone ha chiuso.
Ama e ridi se amor risponde
piangi forte se non ti sente
dai diamanti non nasce niente
dal letame nascono i fior
dai diamanti non nasce niente
dal letame nascono i fior.
SOGNO NUMERO DUE
Imputato ascolta,
noi ti abbiamo ascoltato.
Tu non sapevi di avere una coscienza al fosforo
piantata tra l'aorta e l'intenzione,
noi ti abbiamo osservato
dal primo battere del cuore
fino ai ritmi più brevi
dell'ultima emozione
quando uccidevi,
favorendo il potere
i soci vitalizi del potere
ammucchiati in discesa
a difesa
della loro celebrazione.
E se tu la credevi vendetta
il fosforo di guardia
segnalava la tua urgenza di potere
mentre ti emozionavi nel ruolo più eccitante della legge
quello che non protegge
la parte del boia.
Imputato,
il dito più lungo della tua mano
è il medio
quello della mia
è l'indice,
eppure anche tu hai giudicato.
Hai assolto e hai condannato
al di sopra di me,
ma al di sopra di me,
per quello che hai fatto,
per come lo hai rinnovato
il potere ti è grato.
Ascolta
una volta un giudice come me
giudic˜ chi gli aveva dettato la legge:
prima cambiarono il giudice
e subito dopo
la legge.
Oggi, un giudice come me,
lo chiede al potere se pu˜ giudicare.
Tu sei il potere.
Vuoi essere giudicato?
Vuoi essere assolto o condannato?
- 14/04
Genova 4 : Encore les tunnels



- 13/04
Genova 3 : Rencontres
Elisa Bricco fait, le plus souvent contre vents et marées, un travail important, à Gênes même, pour la littérature française, et son écriture contemporaine, au sein de l'ARGEC : Atelier de Recherches Gênois sur l'Ecriture Contemporaine, au sein de l'Université de Gênes.

Ce petit centre de recherche est une voix unique, ou presque (d'autres centres presque similaires existent à Rome et Bari), pour faire entendre la littérature française, qui, on se passerait de le répéter, sur les terres italiennes et plus loin. Tout est sur le site...

Quelques photographies comme un hommage, une dette.
(Et en mémoire à Kurt Vonnegut...)

- 12/04
Genova 2 : Artisans
Gênes est une ville qu'on peut dire populaire, mais pas dans le sens où Naples, par exemple, est populaire. Ce ne semble pas être une ville pauvre. Or toute la côte ligure, pour autant que je la connaisse, est constituée de stations tristes à force d'être ramenées à la Venise de Thomas Mann ou pire : à Nice, Côte d'Azur ou pire encore : aux lacs de Cômes, Garde et cie.
Gênes, et sa banlieue proche et caténaire, représente un îlot. Ce n'est pas seulement dû à la particularité physique de la ville, dont je ne me lasse pas de parler, mais aussi à sa stature de port international, et donc à ce caractère transitoire, fugitif, des saisons comme des gens.
Il y a des jeunes, des voyageurs, des étrangers, peu de touristes, et un grand nombre de petits métiers ; si cela est vrai de toute l'Italie - à la différence de la France et c'est l'une de nos plus grandes hontes, cela est d'autant plus criant à Gênes où le centre historique, en gros délimité par la mer, la Darsena au nord, le quartier Portoria au sud et grosso modo l'axe Piazza Corvetto - Maddalena vers l'intérieur, est une île dans l'île, un genre de hernie où toutes les flèches, tous les trajets, tous les parcours se rencontrent, parfois violemment.
Les artisans représentent simplement un moment de la vie de la rue, mais tout prend sens du fait de l'exiguïté de la ville, qui incite au voyage, sans doute. Et là aussi il y a un terrain favorable au palimpseste.
Ce grand labyrinthe de rues étroites, avec ses rats, ses prostituées, mais aussi ses focacerie, ses magasins chinois ou africains, ses palais ou ses églises, on peut y divaguer des heures durant sans s'y perdre vraiment, mais s'y perdre aussi, vraiment.
- 11/04
Genova 1 : Une ville secrèteJ'en ai parlé des pages et des pages durant, ailleurs et ici aussi, mais je suis tellement fasciné par l'espace gênois que je n'ai jamais fini de le harasser, de le ressasser.


Palimpseste, labyrinthe, non-lieu, va-et-vient, passages, voyages, autant de mots qui, d'un moment à l'autre, d'une bouche à l'autre, vont pour décrire l'atmosphère si particulière de Gênes qui est une ville tellement spatiale. L'atmosphère est spatiale.
C'est à Gênes, par Gênes, que ce titre de Ambo i lati est venu pour ce site, puis un texte écrit en italien sur la Méditerranée. Gênes consacre tout cela : la mer, ou le désir de mer, le voyage, l'écriture, le désir, toutes choses qui reviennent hanter la notion philosophique ou littéraire d' "espace".
On est (si j'entends par "est" : "est-là", approchant si on peut dire une version ontologique de l'espace en tant que présence au monde : "être-là") à Gênes différemment que partout ailleurs.

Ma première descente dans ce qu'il est de bon ton de nommer la "ville basse", fut un choc non seulement parce que les premières paroles échangées le furent avec des prostituées, puis des travelos, mais aussi parce qu'on a littéralement l'impression de se perdre et, le sachant, on sait aussi qu'on ne se perd pas réellement. La forme particulière de la ville, en demi-lune, impose aux rues parallèles une certaine pression qui devient ici torsion, et on assiste plutôt à des configurations spatiales difficiles à mentaliser pour nos esprits très cartésiens et mathématiques : la torsion, le plan de torsion, qui devient nœud gördien, enchevêtrement, ou invagination, retournement, ourlet. On sort de la ville comme saoul, sonné.


Notre rapport à l'espace est complètement chamboulé, et cela bien évidemment a une conséquence sur notre perception, mais aussi notre mémoire, notre imaginaire, notre sommeil, tout notre être corporel.

Il est absolument impossible de représenter Gênes avec les moyens habituels : les cartes sont défaillantes (comment représenter les tunnels, les escaliers, les ponts ?), le langage se heurte à plusieurs impasses (comment dire le lieu connu seulement par ses odeurs, ou comment traduire les écarts de lumières, dus non seulement au trajet du soleil, qu'on épie sans le savoir tout le jour dans la ville, mais aussi à tous les obstacles que celle-ci rencontre, immeubles, échafaudages, galeries souterraines).
De même est-il impossible de compter les différentes strates de ce livre. La ville est comme ce volume imaginé par Borges comprenant un nombre infini de pages. De la mer aux cimes des montagnes qui affleurent les mille mètre, et en passant par les rues piétonnes, les souterrains, les tunnels, les ponts, le métro, les chemins de fer, les accès à l'autoroute, la sopraelevata, l'autoroute, ses tunnels, mais aussi les fameuses creüze (chemins de muletiers plutôt transversaux, perpendiculaires à la mer), l'effondrement de la zone côtière (jusqu'à deux mille mètres quand même), les funiculaires, et tous les raccords, passerelles, ponts, escaliers, ascenseurs, coursives, traboules, et j'en passe, qui peuvent relier deux ou plusieurs niveaux), ce ne sont pas vraiment des strates clairement superposées, mais un réseau complexe, avec son lot d'impasses, de lieux inaccessibles ou oubliés, un chevelu multidimensionnel, un système spatial, à la fois artificiel et naturel, complexe comme un cerveau, et toutefois continuellement actif, bouillonnant comme un être vivant.

De quel dieu monstrueux, décadent et gigantesque Gênes est-elle le centre nerveux ?
A l'est , regarde l'ouest, le levant ; à l'ouest, regarde l'est, le ponant.
Il résulte de cela que l'individu, perdu en Gênes, peut profiter de la cohue, de l'anonymat ou plus simplement du grand désordre pour se dissimuler et par là retrouver sens en lui-même.

Il en résulte un objet fort particulier, qui serait une espèce de grand secret affiché mais illisible, une boîte de Pandore ou un sésame par la compréhension duquel peut séjourner l'âme.


Je n'aurai jamais fini de lire en Gênes comme en ce livre infini ; mais je sais qu'une fois accepté comme telle, la ville ouvrira les portes de mon ineffable, l'indicible secret qui porte chacun de nous, et qui nous pousse à quitter ses habitudes.

- 10/04
Note sur la maisonJ'aime la maison et, en visitant ailleurs, je rentre chez moi indécidé. Il y a certes des travaux à faire et d'autres pesanteurs. Mais son architecture est faite mienne.
J'ai aménagé une bibliothèque, une pièce pour la musique, une pour le sommeil et la méditation, une pour ma fille et un bureau comme une tour.
Tout y est vieux et cela m'inspire.
- 09/04
Là-celleL'essence du mal est qu'il est insidieux. Aucun mal ne pourrait nous asservir s'il était seulement un fait brut et concret comme une porte qu'on heurte ou un simple choc extérieur.
Le mal se dissimule, prend la figure du corps, le séduit et le mime, puis une fois assis en lui commence la sape tranquille.
Et on peut être malade des années sans le savoir si l'on n'a pas cerné en soi l'élément exogène, l'intrus.
C'est au moment où l'on repère ce différend que : 1. l'on souffre, et 2. l'on peut guérir.
Le mal se guérit par le renversement des forces, par imitation, puis le pacte avec lui - qu'on appelle la douleur.
Ceci entre autre a le mérite de montrer toute la subtilité entre ce qu'on croit tranché, c'est-à-dire séparé et donc opposé : le corps - l'étranger ; le bien - le mal.
- 08/04
Chez mon voisin 6Sans qu'il ne le sache, sans m'en rendre compte moi-même, j'observe avec acuité ce qu'il fait. Les gens qu'il côtoie. Je note. Dans un cahier vierge, duquel j'ai arraché quelques pages d'un roman à peine commencé et qui ne finira jamais, ça, je le sais, je note les jours, les heures, et les mouvements du voisin.
Un jour je le rencontre chez un bouquiniste chez qui parfois je vais chiner du livre. Il effectue de menus travaux. Il est toujours souriant, trop poli pour être honnête et dans cette bonhomie point une arrogance inqualifiable qui me touche au plus profond.
Un autre jour, je le vois dans un magasin. Un autre jour chez une autre voisine, handicapée et déficiente, là encore pour faire des bricoles de peinture, nettoyage, maçonnerie.
Un autre jour je le croise à la supérette, son allumette toujours au coin de la bouche, le bob toujours vissé sur sa tête.
Un autre jour dans le parc où je me promène. Un autre jour dans la ville voisine, un peu plus grande, où notre village a l'habitude de s'approvisionner.
Je note tout cela. C'est une manière de le maîtriser : mais il n'est pas maîtrisable. Un jour c'est vraiment le tohu-bohu chez lui, on entends les bouteilles qui claquent, les rires, les altercations (qui sont nombreuses). Un jour c'est le silence total. Tout est fermé ; je l'imagine cuvant dans un fossé ou bien je le souhaite mort.
Je ne comprends pas ce qui m'attire chez lui au point que j'en perds le sommeil et arrive à ces extrémités fâcheuses qui font les hommes : la jalousie, la colère, la peur, la haine.
J'entreprends alors d'enquêter, discrètement, sur lui. Je questionne la voisine handicapée, sans en avoir l'air. Je demande au bouquiniste. Bébert ? Il est si gentil, très serviable, et si poli. Ca dépanne ; il sait tout faire... Mais il pue ? Non, ça n'a pas l'air de les gêner. Bébert, c'est mon copain, dit la débile d'à côté.
J'essaie de cerner ce que peut être sa vie, son agenda, son projet : il doit bien servir à quelque chose. Sa présence me heurte car il ne rentre pas dans les critères de mon entendement. Il est le complètement étranger, le plus lointain, l'exogène. Il est l'étranger. Et je me surprends en pleine commune révulsion, la plus acerbe et vaurienne des occupations humaines : le racisme.
Je décide de tout arrêter, quelques temps. Les vacances arrivant, je m'éloigne un peu de ce gouffre qui engloutit les repères commodes de mon sens commun...
- 07/04
oe 3à venir...
- 06/04
des listes 8 : Choses qui ravissentl'orange sanguine
comment ne pas répéter l'aube
les rituels
ramasser les miettes de la table dans la main
l'arrivée des fabacées jaunes, comme la coronille, le baguenaudier, l'argyrolobe, et les genêts
il a neigé et la ville s'éveille
le marché
aller acheter un livre qu'on a commandé
quand on pénètre un tunnel
l'idée d'aller en Italie
penser seul au sexe de l'autre
prendre une feuille blanche
trouver des coquillages
manger du pain et boire du vin au soleil en été
les vers à soie
money, de pink floyd
finir son travail
les seins
les poils
les lèvres
les échancrures
de vieux meubles
la glycine
jean-louis murat de plus en plus
sei shônagon
nicolas de staël
le souvenir
la rivière
la mer vide de gens
les villages maritimes qui ne sont pas des stations balnéaires
la sicile
le bateau
les clarinettes
les violoncelles
la musique de l'Antiquité
les châteaux du Moyen Age
marcher pour une longue marche
dormir à la belle étoile
l'humidité des femmes
les jupes
les enfants qui pleurent fort
le désert
la culture chinoise
une épicerie vieillotte, loin de tout
le fromage de brebis
les étendue de roumanie
björk et pj harvey qui chantent ensemble
les looney tunes
les dames d'onze heures
les marques de tâcherons sur les pierres
le linge qui sèche
les fleurs des arbres
les cloportes et les gloméris
les timbres-poste
l'odeur des journaux frais
rentrer dans les draps froids
etc.
- 05/04
le plus beau poème du mondeJ'aurais voulu écrire
le plus beau texte du monde
qui tiendrait dans un livre
qui porterait un nom
commun.
J'aurais voulu n'être
qu'un seul poète
mais attelé, sérieux
à la tâche ingrate
mais bon cœur
d'écrire des mots à l'encre noire
sur du vélin.
Mais j'ai préféré
courir derrière les filles
collectionner les fleurs
ou ramasser des feuilles.
Aujourd'hui que sonne
mon crabe intérieur
j'ai appris un sourire
en coin que mon destin
est erroné
Je n'écrirai plus
car je n'ai plus d'encre
à mon malheur.
- 04/04
retour à new york 3J'arrive à Grand Central Station, je prends le bus qui se dirige vers le sud, les quartiers "artistiques, populaires, gay", bobo en somme. Le bus qui se penche pour nous laisser monter, cela m'étonne. Les rues sont spacieuses, mais vides. C'est la nuit. Il fait froid. Je n'ai pas froid. Je descends dix-septième rue, pour aboutir à la neuvième. Je ne croise quasi mais. J'arrive dans la neuvième rue, je trouve l'immeuble, #456, deuxième étage. Son nom est là : il y a son nom sur la porte. Je frappe.
Son fils m'avait prévenu. Ma mère est un peu... bizarre, m'avait-il dit. Sa mère m'avait prévenu : il faut se couvrir. J'avais deux paires de chaussettes, trois t-shirts, des caleçons longs (des caleçons longs !).
Une petit vieille dame m'ouvre, l'œil coquin, une cigarette d'herbe entre les lèvres, fine comme un bidî. J'entre. So you are .... yes I am, m'am. Et c'est parti : plus de français que pour l'intimité et l'à-part-soi. You're unfortunate, it's the colder day of the week. It's only 2. Je me dis que ce n'est pas froid. J'ai compris après qu'il s'agissait de degrés Fahrenheit. Soit -17 de nos Celsius environ. Première rencontre avec le différent.
Nous devisons et je visite : sa chambre restera inaccessible. Tout se passe dans la cuisine, où il y a un vieux poêle en fonte, une douche encastré dans un mur et une baignoire remplie de paperasse sur un tapis mité. Il ne fait pas chaud, par contre, chez elle. Du thé, continuellement chauffe sur le poêle. Des trucs, papiers, bibelots, emballages, livres, partout. Je dormirai dans une espèce de hall qui relie la cuisine à sa chambre. Sur un lit superposé. Le bas étant rempli d'autres trucs (couvertures, livres, paperasses, etc.), je serai en haut, à côté d'une fenêtre alors opaque parce que givrée.
Il y a le ronron de la radio continuel lui aussi, une radio culturelle, au jugé du ton des animateurs et de la musique (jazz essentiellement, sinon classique).
Je ressors aussitôt pour manger. J'apprends que je suis dans un quartier maintenant rempli d'Estoniens et de Polonais. Il y a un restaurant rapide de poulet frit au bas de la rue (intersection avenue A). Première immersion dans un menu local. Première d'une longue série de repas à l'extérieur (jamais mangé chez C.), et du délire des plats, des aliments, des mets et des saveurs de New York. Je dis que c'est à New York que j'ai le mieux mangé dans ma vie.
Lorsque la fatigue me rattrape et que j'ose tomber quelques écorces, dans mon lit j'entends la ville, j'entends vrombir la ville, j'entends l'île, j'entends la distance et je suis pris d'un vertige quand je m'enfonce dans le sommeil.
Au réveil, dans la lucarne, il y a la surprise de trouver le Chrysler Building. Je me réveille à New York.
- 03/04
pourquoi je n'aime pas cette société (liste sujette à remaniements)Comment peut-on habiter en lotissement ? Se nourrir dans les grandes surfaces ? Comment peut-on user de son temps libre devant la télévision ? Comment peut-on se laisser vivre ? Comment peut-on investir sa voiture comme un outil de pouvoir ? Comment peut-on vivre pour l'argent ? Comment peut-on méconnaître et mépriser les fleurs, les animaux, les champignons ? Comment peut-on faire du mal aux enfants ? Comment peut-on avoir des animaux domestiques ? Comment peut-on passer ses vacances à rôtir au soleil à la mer ? Comment peut se marier ? Comment peut-on croire en Dieu ? Comment peut-on écouter S.R et N.S ? Comment peut-on écouter RTL ?
Sans tout foutre en l'air ? Sans jouir de l'aube et de la rosée ? Sans voyager sans but ? Sans se tromper, se perdre ? Sans s'exprimer ? Sans rire ?
Sans rire ?
- 02/04
des listes 7 : comment j'ai gagné de l'argentVoici la liste des "métiers" qui m'ont rapporté un salaire, officiellement ou non, honnêtement ou non, imaginairement ou non :
ouvrier textile
veilleur de nuit en usine
libraire
lecteur pour revue de critique
veilleur de nuit en résidence universitaire
musicien sur les marchés
musicien
professeur de français
ouvrier dans une usine de peinture de tôles et menuiserie en aluminium
maçon vrd (voirie et réseaux divers)
paysagiste
animateur en eedd (éducation à l'environnement et au développement durable)
acteur
vendeur de produits agricoles en lisa (libre-service agricole)
ouvrier agricole saisonnier
formateur en biologie végétale
service volontaire européen
vendeurs de fruits et légumes bio
Je n'ai jamais gagné ma vie en écrivant, ni en couchant.
- 01/04
Des listes 6 : EntonnoirVoici la liste des expressions qui, saisie sur un moteur de recherche, font aboutir leurs auteurs à AMBO(i)LATI. Liste très jouissive, mâtinée de hasard et de nécessité...
erohee
woelffle michel
vincent benoit
ambo i lati
benoit vincent
le terrien de franz kafka
la demeure d asterion
levinas phosphorescence du néant
erohee stones
erohee.org
fleurs noms latin
l absente de tout bouquet mallarmé
l invention de la mythologie ibid
phosphorescence du néant blanchot levinas
écrire duras livre à venir blanchot vie secrète quignard
edgar morin le paradigme perdu la nature humaine seuil 1973
irruption du désordre
vrai faux platon aletheia
gaelle bonnichon
aréoles larges
lacoue
sons extraits chantier rue
cipro
qbre3
la pensée de jean luc nancy filetype pdf
principe du logos binarité psychanalyse derrida
lortab
christophe halsberghe
amandine roussin
ailleurs michaux
michaux ailleurs
sentier gr9
écrits sur la mort dans l abandon
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raphael krafft
comment vivre avec l abandon
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parham shahrjerdi
france culture 18h00 chanson italienne
la chanson ambo
bréviaire de chanson
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saynete 2 mains
massif de la lance
cycliophora
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vareuse agrigento
julien rastignac
pontaujard
benoit vincent musique
solitude abandon
pictographie bibliographie
la combe de sauve
petit chien hargneux qui aboie sans cesse
peur de l abandon
faits divers bourdeaux drome
extrais fais moi jouir
vincent lemerre
roman grain asie non agir
letourneur olivier
sébastien viret
mon chien couine sans arrêt
gaelle bonnichon
frédéric létinois
pierrette renard
stefano d'arrigo ecrivant
encore
maurice blanchot
des liste disques ambo i lati
waters erohee
hölderin rythme
blog gallinaro
benoit vincent raphael krafft
parjure texte de derrida
b adoo
chien couine
littérature une vison explicit du monde
dqfh
voisinage chien aboyant
mon chien couine
lance de lavande a la sortie de l eglise
ait lati
faire aboyer chien voisin
transe mystique et culte punique
liber pater a.bruhl
pasta alla sepia
traductions pros and cons hitch
roger waters western woman
parham shahrjerdi
phuong-mai tran
fuck
illustration des dieux de l olympes
paroles de romandique
travaux publics jean lebrun à dieulefit
phrase romandique
culte dyonisiaque
erohee foucault
parole ancora
mythe et folie
le partage des eaux isle sur la sorgue
cipro
artemis proitos
engins de chantier
acura
vie de grenier cecco
huile olive italienne bertoli
principes chesneaux
anne guinot adama diop
erri de luca
arrimer quad pick up
christian godin philosophe radio
papardelle au lievre
sonorisations orgasmes féminins
gilles duranceau
oublier des choses dans les livres
hotel dieu grains de sable dans le cerveau
difference entre les cloportes et les glomeris
posologie. de jacques derrida
pin calvino extraits
gaelle bonnichon
transe mystique et culte punique
J'aime particulièrement "oublier des choses dans les livres", "la demeure d'astérion" (nouvelle de Borges), "irruption du désordre", "vrai faux platon aletheia", "engins de chantier", "gratte ail provençal", "différence entre les cloportes et les glomeris" (les cloportes sont des crustacés, les gloméris des myriapodes), "pin calvino extraits", la série sur l'abandon : "ecrits sur la mort dans l abandon", "peur de l abandon", "comment vivre avec l abandon", "solitude abandon", celle sur le chien : "mon chien couine sans arrêt", "mon chien couine", "faire aboyer chien voisin", "voisinage chien aboyant", "petit chien hargneux qui aboie sans cesse" (liée à la chanson Le chien et au texte éclaté Chez mon voisin sans doute) et enfin : "aréoles larges"...
- 31/03 et août
KleinComment nous rattrape le passé, encore : en furetant sur internet je tombe sur des vidéos d'Yves Klein sur Ubu, deux performances anthropométriques de la période bleue, toutes deux silencieuses, la seconde seulement en couleur.
Simple corps de femme nu. Beauté du geste figé, par la couleur sur la toile, ou révélé par le feu.
Travail intéressant, dans sa dimension "performative", pour ce que l'empreinte, la trace, relève d'une révélation, à la fois au sens photographique, mais sans doute aussi mystique (comment ne pas penser au suaire sacré ?). Le nu frappe, car l'érotique est simplement réduit à la forme.
A ce qui, dans le geste, et l'épiphanie, demeure secret, caché. Enigmatique.
Nos yeux délavés des milliers de films vus, auxquels s'ajoutent tous les délires érotico-porno de la toile, sont subitement surpris par la simplicité de la mise en scène. On attend toujours l'accident, on cherche à voir ce qui nous procurerait du plaisir.
Or rien ne survient, les musiciens jouent, les spectateurs regardent sagement, les modèles féminins deviennent le pinceau, et le maître lui-même, dans son complet impeccable, mène son travail sans broncher.
On est alors étrangement et tristement surpris que des époques engoncées nous viennent des images aussi crues, tandis que notre libéral laisser-aller lui s'enfonce dans une morale religieuse de plus en plus lourde. Nous sommes alors diffractés, écartelés, pulvérisés, et ne savons plus la route.
- 30/03
RolandRoland du centre de formation où il m'arrive de faire de la biologie végétale a une théorie sur la catastrophe qui nous vient.
Et sur les moyens de changer tout ça.
Il en est résolument optimiste. Il dit qu'il sait. Il dit : "Je travaille sur moi. J'ai déjà du mal avec moi-même. Alors avant de changer les autres. Mais il faudra changer. On n'aura pas le choix. Le seul moyen ça va être la fraternité. C'est obligé. Sinon on va tous crever. On peut changer le monde. Mais personne veut changer. Mais y faudra changer. On va passer par tout ça : les transports en commun, l'habitat écologique, il faudra se serrer. Ca peut pas être pire. Tout s'écroule. Ca va changer. Avec internet, en une semaine, le mot se passe. En une semaine, l'information passe partout."
Il dit : Je ne bois pas de café, c'est toxique, on le sait. Même ça il faut changer. Tu fumes des cigarettes, même ça. D'ici 2025. Les espèce disparues, les enfants, t'as des enfants ? Eux ça ira, mais il faut penser qu'ils en voudront à leur tour, des enfants.
Il dit encore On me prend pour un... Même au centre. Mais moi je sais que j'ai raison.
Il dit Je sais que j'ai raison. Mais je peux pas dire comment, je peux pas expliquer.
C'est là. En moi.
Il dit : J'adore la glace. S'il y avait eu des glaces, j'aurais pris la glace.
- 29/03
FemmeElle peut lancer une machine, faite de mots, qui échappent à tout raisonnement. Des mots fous, lâchés fous, en tout sens, et qui ne font qu'étayer la douleur, maquillée en colère, les temps, les souvenirs se carambolent, les époques volent en éclat, ce ne sont que mots comme pieux plantés en l'autre pour tarauder plus loin en soi le vide, le vide obscur et grandissant qui, par faute d'inattention, envahit tout.
Des mots vides, verticilles, chapelet, rotors acérés de lames.
Les vieilles lames carrées avec la drôle de fente en leur milieu.
On les pliait en deux pour les casser. On avait peur de se couper les doigts. Aussi bien parfois, on se coupait.
- 28/03
FemmesUne femme qui marche en plantant ses pas dans le sol marque un signe d'immaturité.
Une femme qui accepte un homme avec sa queue même est capable d'aimer. C'est le mot de Genièvre au sujet de Lancelot.
Une femme qui accepte le rire comme visage principal, apte à lire le monde et à vivre.
J'ai trop souffert de femmes qui n'aiment que l'homme sans queue, ou que la queue en l'homme.
Je peux dire que la réciproque est vraie. J'ose dire que j'ai agi de même.
- 27/03
Ecrire 3Ecrire est tout ce qui reste
Quand on a tout perdu.
On n'a pas besoin de stylo
De papier pour écrire.
Juste besoin d'avoir connu
Une fois dans sa vie
Les interstices, que sais-je
La vague qui lèche puis reflue
Puis lèche à nouveau : cette langue d'eau et de sable.
L'heure de lumière grise-bleue
Qui perce en la nuit mais résiste
Au jour encor Ce passage des remous
Au réel
La fente d'une femme qui
Mime le [illisible] mais tient
Beaucoup plus de la source, de
L'équinoxe ou du va-et-bien qui déchire
Electrique
Un ailleurs déjà toujours là - il faut y mettre
Le doigt, sentir, boire - pour savoir
(Parfois la femme même ne sait pas).
Et d'autres de ces moment muqueux ou lieux
Qui échappent à l'être et lui confèrent tout son étant
un livre, un air, un clope
un dieu, un cul, un pas
un accident une saison
un voyage un mort à la maison
un crevasse dans le mur
un monde miniature de mousses
un serpent sur un sentie
le lasso d'un martinet
chaque frôlement de la mort
un ami une amie
une page tout blanche
une bougie qu'on allume
qui s'éteint
marges et mortaises
rides cicatrices cernes
signature
- 26/03
Trois ou quatre mots issant1.
L'écart de tes jambes mesurant
La perte ou l'absence
Que les hommes par défaut
Erronés nomment "dieu"
2.
Je dis que le mot de dieu, qui est creux,
Est le mot des hommes
Pour emplir la fente qui mène au vagin,
Et qui effraie
Qui fait défaut aux hommes
Et justifie leur violence.
3.
(Parfois me dis que la violence est nécessaire)
4.
Je ne remonte pas pour ne pas
Faire craquer l'écorce de la maison
Je pars comme un voleur avec
Le sentiment d'avoir pillé le temple
Ces rides juvéniles toujours qui font du bien
On accroît à notre virginité perdante.
- 26/03
LisseJ'imagine un être tout à fait lisse, sur lequel ne pourrait en aucune manière s'accrocher les mots, les adjectifs, les opinions diverses ou les tentatives médicamenteuses - "sanitaires".
Un être tout à fait lisse où la psychologie ne prendrait pas, n'agirait pas, glisserait et se briserait au sol comme du verre.
Un être où la poésie se viderait d'un coup comme éclatent en novembre les boules tendues comme des couilles des vesces de loup - en dégageant nuage de spores et petit bruit ridicule : pof !
Un être inapte à la métaphore, à la mémoire comme au désir.
Un être lithique.
caillou de vie posé à même le sol
Cet être là existe Ñ ne s'en porte pas plus mal, c'est le monde entier - à part nous.
J'ai des envies de pétrification.
- 25/03
Ils ontIls ont déplacé l'horloge, le beffroi.
Ils s'imaginent ainsi avoir quelque droit ou usage sur la nature et les cycles fabuleux.
Alors qu'il est impossible de perdre l'heure ici-bas, le cerne du temps bloque l'aiguille toutes les douze heures à l'heure 0 ; alors qu'il est fou de croire pouvoir sentir les retours des bourgeons, les saisons, les moments du jour, le site internet de l'horloge parlante est indisponible pour cause d'un trop grand nombre de connexions.
- 25/03
Ecrire 2Tu peux écrire devant le feu éteint
Tu peux écrire le ventre creux
Tu peux écrire la tasse vide
Tu peux écrire la cigarette est consumée
Tu peux écrire l'ardoise lourde
Tu peux écrire au point du jour
Tu peux écrire funambule
Alors que juste après l'accident
Juste avant sinon
Tout ton corps hurle
HURLE
Tu peux écrire en écrivant
Tu peux écrire en n'écrivant pas
Tu peux écrire en te taisant
En effet, tu dois écrire dès que s'effrite le temps des hommes.
Pratique indue.
NycNycatalopetalope.
Tes mots sont le pied de biche qui émonde en les écartant
Les fentes
Du monde
Tu écris en écrivant.
- 25/03
MéatMoi je sais où est le point où s'ouvre le jour
Il faut le garder entr'ouvert (socchiuso)
Le dissimuler - most of the time
Ce méat que tu réserves à l'écart de tes cuisses
C'est une paupière journalière.
De là le jaillissement des jours, des heures, des hommes.
Rien d'autre.
- 25/03
ConcrétionsJ'aime que se précipitent en moi les habitudes, et qu'elles sédimentent. Elle offre la structure au souvenir, et en elles la mémoire creuse.
Le verre de vin rouge syrah en fait partie.
Je m'attelle au rochegude. Ce vin âpre et lourd, fort en alcool, éveille toute la sève jusqu'au fin fond de mes racines.
Je hais aussi qu'on impose à tout prix de n'avoir pas d'habitudes.
- 23/03
L'épuisementIl y a des témoignages du passé sur la terre ; je désigne les conifères, les magnolias, les lézards, et même les roches, et l'eau.
Il y a des traces du passé, elles cohabitent avec nous. Ceci induit qu'il n'y a pas d'évolution autre que l'épuisement. On pousse jusqu'au bout les modèles fonctionnels.
Il y a des traces du passé et l'homme n'est pas la plus récente. Certains crustacés, certains poissons, certaines plantes même, sans parler des bactéries, sont beaucoup plus récentes que nous-même.
Il y a des traces du passé, et cela nous incite à repenser tout ce qu'on entend par le temps. Je ne vois pas le temps qui passe. Je ne vois que les saisons, et éventuellement le temps qu'il fait.
Je note le journal, l'agenda des fleurs. Voici la première : Ellebora foetida. Elle fleurit dès janvier. Cette année en décembre. Ses fleurs sont vertes : elle n'a pas besoin de faire des efforts d'imagination pour la couleur ; car elle est seule et il n'y a pas d'insecte. Les insectes ne voient pas le vert. Il leur apparaît gris. Alors elles fleurissent vert. Et elles sont toxiques (d'où leur nom).
Je note l'agenda des fleurs, la plus récente cette année et l'arbre frêne, Fraxinus excelsior. Les arbres ont des fleurs minuscules. Ils ont signé, eux, avec le vent.
Je suis tour à tour l'hellébore fétide, puis le frêne, puis ce sera le rosier des chiens, les origans, les genêts, puis les odontites, les grandes fleurs de l'été, armoises, mélilots, bouillons blancs.
Il y a des traces du passé, et l'homme n'est pas la plus récente.
Il y a les fantômes, les rêves, qui sont des traces en nous du passé.
Il y a les cicatrices, autres signatures, puis il a les livres.
Certains d'entre les hommes écrivent des livres, pour ça exhument des cicatrices du passé. Des noms anciens. Des héritages. Des vols. On devient soi-même en écrivant un vestige du passé.
On se couche comme dans des cercueils. Ils peuvent être une bibliothèque. Ils sont le plus souvent des petits cercueils, on les appelle les livres.
Je vois tout en gris. Peu importent les abords. Seule la page m'attire. C'est mon pays, je l'embarque comme le pagure. Je suis le pagure sur la page.
Je suis mort. Et quand Jorge Luis Borges me lira, l'œuvre de Shakespeare en sera profondément transformée.
- 22/03
Des listes 5 : dix fleursComme il neige en ce jour de printemps, je conjure en projetant plus avant les yeux, du temps où régnaient les fleurs... Ici le choix porte essentiellement sur les fleurs dites "vasculaires", c'est-à-dire essentiellement des herbacées, pas d'arbres, pas d'algues, pas de fougères, ni de mousses, sphaignes, hépatiques (le groupe, pas l'espèce). On a surtout des dicotylédones, peu de monocotylédones. J'ai laissé la dixième position vide ; il y a plus de 2500 espèces en France, près de 2000 dans ma région, et il y a des quantités de photos que je n'ai pas faites, je pense à l'Hépatique, un beau Daphné, le Mélampyre, etc. Je les ferai peut-être un jour, ces photos, mais plus tard. Car voici ma liste (sans photo, du coup).
| 1. | Scrophulariaceae, Ajuga Chamaepitys | |
| 2. | Veronicaceae, Anagallis arvensis | ![]() |
| 3. | Boraginaceae, Anchusa italica | ![]() |
| 4. | Fabaceae, Anthyllis montana | ![]() |
| 5. | Boraginaceae, Heliotropum europeaum | ![]() |
| 6. | Orobanchaceae, Odontites luteum | ![]() |
| 7. | Orchidaceae, Orchis sp. | ![]() |
| 8. | Lamiaceae, Thymus sp. | ![]() |
| 9. | Fabaceae, Ononis natrix | ![]() |
| 10. | xacées, ? |
- 21/03
Mauvais sangDemeurent alors des habitudes néfastes. Il : parce que mal habillé, ou pour une querelle familiale, ou encore une bêtise qu'il aurait commise. Elle : parce que désespérée d'amour, ne refusant rien jamais, abondant en ses chemins qui lui sont douloureux.
Eux : masquent sans mentir leur
Mauvais sang
- 20/03
Nouvelles basesDes lieux déshumanisés,

Des doléances nombreuses,

Prises aux vents,

C'étaient les nouvelles bases de la culture...
- 19/03
TeyssièresIl y a un château à Teyssières, au cœur des montagnes de pin sylvestre et de chêne blanc. Les hêtres surplombent le tout. Mais des hommes, venus d'en bas, venus d'on ne sait où, ni surtout pourquoi, ont gravi les montagnes.

Ce qu'ils virent en haut était inespéré ; des falaises de safre à pic sur ceux d'en bas, et leurs routes ; des rapaces dans l'air pur ; du thym pour soigner ; et des crochets de roche dure, mais travaillée par le vent, qui y dessine des arabesques qui voyagent et font voyager.
Ce qu'ils virent en bas était minuscule ; ils ont pensé être les maîtres des lieux - et ils l'étaient en vérité.
Alors ils ont creusé dans le grès dur, ils ont placé des moyeux, des mortaises, ont découpé des marches. Ils ont bâti une muraille épaisse de calcaire sur l'unique côté sensible. Ils se sont éperonnés à ne plus craindre ni le vent, ni le vide.

Ils ont amassé les farines, les grains, les armes, et les récits.
Ils ont attendu que passent les siècles sur leur place forte.
Les sentinelles attendent encore.

(Les chamois les observent aujourd'hui, sans crainte ; le pin sylvestre et le chêne blanc en chaque entaille, en chaque fissure, trouve un point d'eau. Les genêts ont dissimulé le reste des ossements.)
- 18/03
&Œ 2Eur - Je ne suis pas accessible. Je suis suspendue en l'air, comme en ta bouche, ou sur une route, comme une putain j'attends.
Orp - Je voudrais : 1. du vin ; 2. de la musique ; 3. des femmes. Point.
Rien d'autre ne m'importe.
Je suis la seule à ne pas fuir. Car tu ne saurais m'atteindre. On t'aura prévenu.
Même prévenu, je poursuis mon chemin avec obstination. Comme un insecte impatient. Se brûle.
Les ailes.
A la lanterne
Du désir
Est-ce bien compris ?
Je ne répéterai pas.
Combien ?
50.
J'ai dit : 500.
à suivre...
- 17/03
Veille poétiqueMettre en œuvre une veille poétique, à la manière des techniques du réseau, où chaque nouvelle éclaboussure, chaque déchirure, chaque plénitude embranle l'écriture.
Réagir, même bien après, aux événements, de sorte que l'écriture témoigne, sans devoir expliquer rien, sans démontrer ni illustrer ni montrer quoi que ce soit.
Prendre la relève, étayer les choses, puis les renverser, les faire siennes, les désopiller.
- 16/03
LanceQui dira comment le mont bleu fait office de moyeu ?
Gravir la Lance est une tâche nécessaire. Pour traverser la chênaie, la hêtraie, puis surprendre buis, aubépines et plusieurs herbes minuscules (serpolet, cette crucifère inconnue, haute de millimètres).
Jusqu'à la mémoire : lichen.
Puis la poudre noire qui semble un corps défait, décomposé, des ossements d'une blancheur maritime étant les pierres, qui, lissées, lavées, par les vents et les eaux et le froid, jonchent impeccables l'alentours. Poudre noire, granuleuse et d'un grain épais, mais terriblement sèche. Un rien pourrait tout défaire, tout emporter.
Mais rien ne vient déranger ici la solitude, la sérénité. Sinon quelque rumeur humaine, loin au fond dans les vallées qui semblent inaccessible, ou quelque incongru moteur de plaisance qui harasse.
Même Ventoux, même Angèle, même Miélandre n'ont pas la chance d'être orientés comme Lance. Elle sert de boomerang pour remonter à une scène primitive.
Elle est primitive ; sauvage ; exorbitée.
Elle n'est le fruit d'aucun moule.
Elle est comme un courant figé, le bras mort d'une rivière saurienne.
Ceux qui vivent là-dessus et y travaillent, avec amour et force, sont des génies essentiels. Sans eux, il y aurait moins de rosée dans les toiles des nombreuses araignées ; moins de feuilles aux forêts et aux fourrés et moins de fleurs aux prairies.
La lande, sur la Lance, est un temple séculaire. Les traverser est une méthode, un chemin, une constante et subtile attention aux pics, aux grives, aux alisiers, aux coronilles et calycotomes qui jalonnent avec superbe les évadés.
- 15/03
Mes nuits 2Depuis quinze jour que le croup me tient, cette nuit a été l'acmé, l'une des plus nocives ; je ne tiens relation que du remarquable. Cette nuit, réveillé par l'insidieuse, qui se flatte et se fait passer pour libératrice, je me réveille par étouffement, toujours ces tiges d'acier dans le larynx, et ce craquètement, cet ébrouement de la gorge.
Cette fois, cela semble se préciser par harassement, jusqu'aux tréfonds de la machine, dans les conduits les moins soupçonnés. Et je crache. Rien, ou plutôt, ce que le rien produit d'effort, de blessure, de saignement ; la toux insidieuse provoque la toux mécanique.
Rien n'y fait, la trachée, crachée, reste inerte sur la table. J'enregistre ces sons d'oiseaux vers les volcans, ces sons de bêtes mal comprises, errantes, ces sons d'insectes qui déchiquettent.
Je me recouche et tousse encore un peu. Le corps alors est atteint. Une douleur dans les bronches ; une toux autour de la plèvre ; une aux abdominaux. Et la fatigue qui perle aux yeux, qui sonde l'esprit la journée.
Mais la plupart du temps j'accepte mon sort non avec mépris, ni avec sagesse, mais comme la présence qui accompagne, partenaire invisible puisqu'en fin de compte je suis aussi le croup, la toux, et les divers squames que j'arrache à mon corps comme des macles d'ardoise sur la falaise pour ne pas tomber, ou des tessons pour une œuvre nouvelle, qui impliquerait le corps et son défaut.
- 14/03
Chez mon voisin 5Il est mon voisin. Mon plus proche voisin. Il est mon prochain. Il est le prochain.
Pourquoi penser à lui autant, si souvent ? Hier encore, dans la nuit, lui et ses amis se sont mis à chanter, chanter en cœur des chants sportifs ou militaires. C'est vrai. Je ne supporte pas cela ; cela pèse sur moi et pas seulement sur mon sommeil.
Et pourtant quelque chose en lui m'attire. Je le croise souvent. Il a toujours un mot à la lippe, déplacé, incongru ou vulgaire. (S'il savait que j'écris sur lui !)
Sa dégaine est pitoyable, et il pue.
Mais je sens, confusément, qu'un rencontre est nécessaire. Je ne sais pas encore si c'est la violence - et les coups - ou quelque chose tenant à la sérénité - l'apaisement - qui en ressortira.
Il est mon prochain, mon plus proche voisin. C'est un homme, comme moi ; c'est moi. Il a quelque chose à m'apprendre.
Il sait, il connaît quelque chose de moi, que je ne sais pas.
...
La nuit étale ses bras et camoufle un peu les tavelures du monde. Tout mon corps raidi jusqu'ici s'apaise. Les contrastes se brouillent, se mêlent. Le silence me recouvre et me nourrit. Je puis apprendre à lire, à écrire.
Il n'y a plus rien, bientôt, plus personne, que moi, dont la nuit fait un géant, un intense organisme destiné au sommeil, c'est-à-dire à recouvrir toutes les épines du monde. Je suis une flaque qui, d'inquiète, devient versatile, multicolore. Il n'y a personne au-dessus de moi, personne au-dessous, ni à côté. Je suis seul, je suis la solitude faite nuit, j'embrasse le monde, cellule affamée, je l'ingère, je phagocyte tout.
Je touche alors à la cloison mince et fragile, une espèce de papier sec et granuleux, une espèce de pâte d'eau et de farine, et cette très sensible pellicule, que n'importe quel bruissement peut briser, c'est tout ce qui sépare ce qui est de ce qui disparaît, ce qui disparaît de ce qui n'est plus. Il y a cela, qui est du moi disséminé, fragmenté. Je ne suis que déflagration, j'occupe toutes les ondes et toutes les particules élémentaires. Je suis chaque atome, leur mouvement, et des phénomènes inconnus des hommes comme la lumière devenue corps, la fréquence, l'ondulation ou la tristesse.
Je suis une chanson, une musique, du jazz ou du blues. Ou une simple balade chantée en français par une femme de trente-cinq ans avec une robe noire, et légère.
- 13/03
Retour à New York 1 : sasAvant d'arriver dans la ville, ce 17 janvier, il faut l'atteindre. Il faut commencer par quitter sa maison, prendre des transports en commun, depuis le train dans la gare de sa ville, en passant par le métro à Paris, puis le RER jusqu'à CDG, jusqu'aux avions, CGD-Reikjavik, puis Reikjavik-New York (JFK, comme tout le monde), mais ce n'est pas fini, il y encore le bus qui traverse tout le Queens jusqu'à Grand Central Station, où enfin, on peut trouver le bus qui t'amène non loin de la 9th Street, où tu résideras un temps.
Mais tout ce trajet est une expérience particulière du lieu et du déplacement.
En première instance, on est porté de non-lieu en non-lieu. Les gares, aéroports et quais, avec leur attente, leur lassitude et leur crainte qui en découle. Ces lieux bien connus sont de bien connues hétérotopies (au sens où l'entend Michel Foucault).
Mais de plus, il y a le voyage. Passent encore les trains, métros et bus, mais il y a l'avion. Comme beaucoup de monde, je ne suis pas à l'aise dans un avion. Non pas que j'ai peur de l'accident ; moi, c'est plutôt le fait d'être enfermé des heures durant dans un espace confiné qui m'angoisse. L'avion pour l'Islande était petit et j'étais au premier rang, c'est-à-dire avec aucun siège devant, mais une cloison, agrémentée d'un strapontin où, au décollage et à l'atterrissage, s'est installée, en face de moi, une hôtesse. Ces grandes filles qui sont un peu dérangées du fait de leur travail. A ma gauche, la porte, le sas. Je n'ai jamais autant écouté d'opéra que durant ce vol.
L'avion pour New York était lui énorme, j'étais encore contre la cloison, avec cette désagréable sensation d'avoir deux sièges à droite, occupé là encore par deux jeunes filles du nord.
J'avais un hublot. Nous sommes partis vers 19h00 je crois, à l'heure du coucher du soleil, si bien que pendant les six heures qu'ont duré le vol, le soleil s'est couché six heures durant.
Très beau, mais l'expérience est étonnante. Le soleil se couche toujours sans jamais se coucher.
Arrivé au-dessus de la métropole, à cause de la tempête toujours menaçante en hiver dans ce nord des Amériques, le soleil s'est couché d'un coup quand nous tournions au-dessus du sol.
Le voyage, ce genre de voyage, ne ressemble ni à la marche à pied, où chaque pas est une victoire et une résorption d'espace, ou même de la voiture, qui est encore à hauteur d'homme. On est au contraire dans un avion comme projeté dans un espace qui n'est pas, dans un temps qui n'est pas, pour atteindre des lieux qu'on ne connaît pas. Tout le voyage se passe du raisonnement humain, de l'expérience ou de l'effort. Il n'y rien qui ne rappelle, ne rassure, ne remémore.
C'est ainsi que, ballotté des heures durant, je débarque d'un non-lieu à un non-lieu. Je passe alors devant le douanier, qui est l'image qu'on peut se faire du policier américain typique. Pas un sourire. Pas un mot de bienvenue. Je savais à quoi m'attendre. Je n'étais pas le bienvenu.
- 12/03
TarauderEst-ce que cela tient au faire ?
Je veux dire : ce que nous faisons. Est-ce que cela peut être pointé comme un métier, avec sa formation, son diplôme, puis ses horaires, ses charges salariales et patronales, sa convention collective ?
Je n'ai jamais envisagé faire de cela un métier ; plutôt une occupation, mais pas une occupation de loisir. Rien de loisible dans l'écriture, rien de confortable ou de facile, voire de plaisant. Plutôt une occupation comme une armée occupe un village, un territoire, un pays.
Puis on résiste, ou collabore.
Certains vont me haïr de faire de tels rapprochements.
Mais certains n'ont pas, comme moi, failli mourir étouffé de littérature, ou sombré dans un état d'hébétude qui réclame la folie. Ou marché sur des aiguilles de pin. Ou chevauché des électrons. Ou cédé, de temps à autre, à une mélancolie telle, que seule la souffrance de la blessure appelle un souvenir.
Certains n'ont pas croulé sur le poids des étoiles qui percent ton échine et triturent les recoins de ta cervelle. Ou te barrent les yeux, ou les crèvent ou les arrachent.
Certains n'ont jamais écrits, qui sont des écrivains.
Je ne me lève pas, le matin, en me disant, chouette, écrire. Personne je crois, ne se lève, dont c'est le métier, en ayant du cœur à l'ouvrage.
Et pourtant c'est bien du cœur que l'on donne à l'ouvrage.
Mais j'ai aussi appris à ne pas écrire. J'ai aussi souhaité oublier écrire. En travaillant. Dans les champs, les usines, les chantiers.
Rares ceux de nos jours qui connaissent le chantier. Les "travaux publics" ; poser des bordures (celles qui à moitié enfouies ornent nos trottoirs) ; posé un regard ; fait les "masques" des chambres de téléphone ; posé des tuyaux de fontes de six mètres, à la main, dans le froid, dans la boue, dans la merde parois (on voyait des vers). Rares ceux qui se lèvent avant l'aube pour atteindre cette grande cible qu'est un chantier. Pour implanter un lotissement. Pour refaire les réseaux (eau, merde, téléphone, gaz, électricité et maintenant, chose que rares ceux qui travaillent à les poser ont l'usage, fibre optique).
Ou se lever pour rejoindre l'usine, les conditions de l'usine : la poussière, l'obscurité ou semi, la promiscuité, le bruit, la crasse. Les pointeuses, les pauses obligées, et surtout, dans tous les cas, les heures à faire, à laisser passer, à attendre, à entendre tourner, les minutes qui ne passent pas, l'ennui ou l'emmerdement. Ennui précoce, ennui durable !
Pour quelques misères de francs.
Comment ? On ne gagne même pas 1000,00 euros ? Ridicule.
Les gens râlent, mais les gens oublient que les gens triment.
Je vois un chantier. Il peut être énorme, large, immense, une esplanade. Mais, malgré les plus gros engins, et certains sont vraiment énormes, vous voyez toujours deux ou trois pauvres types, en vert ou bleu, mal rasés, fatigués, pelle et pioche en main, dans des tranchées honteuses, qui creusent des trous, posent des tuyaux ou passent la pilonneuse ou la dame.
Mais personne ne s'en offusque.
Moi, j'ai fait ça. Pas trente ans comme eux. Bien sûr. Mais quelques années, où peu à peu vous perdez la sensation de faim, de froid, de fatigue. Vous n'êtes qu'une pelle. Une pioche. Une massette ou une broche.
Moi ça m'a permis d'éviter l'écrire. Que j'ai toujours regardé avec méfiance. Car quand ça commence, ça finit plus. C'est un puits d'infini.
Mais bien sûr qu'on est attiré (on collabore) ; mais il faut aussi avoir peur (résister).
La littérature inquiète : non pas qu'on en use comme d'un exutoire ou d'un gueuloir ou d'un règlement de compte. Ou comme analyse.
Mais peut-être pour noyer une voix qui est trop prenante, trop présente, trop pesante. Ecrivant, on permet par le silence de l'écriture, de taire cette voix. On la noie. On ne cherche peut-être pas à dire. On veut, souhaite, rendre grâce, ou témoigner, sans vouloir trahir (mais c'est une autre histoire, traduttore, traditore) cette chose innommable, impossible, ineffable ; cette scène à laquelle nous n'avions, tel Ovide relégué à Constanta, le droit d'assister, tel Orphée vers Eurydice, telle Roberte, peut-être, ou tel narrateur de Des Forêts.
On veut quelque chose à dire, on dit quelque chose d'indicible.
On tâtonne. On mâchouille. On évacue. On empreinte. On morcelle. On oriente. On rêve. On allume. On brûle. On blottit. On écope. On écrit.
Aussi, de là à en faire une occupation salariée... Je ne l'ai jamais conçu ainsi, et en un sens, cela m'a sauvé. La faim a été plus forte, mais aussi plus concrète, que la poésie. Qui l'a payé, un peu. Qui lui revaudra ça. Plus tard.
Quand le besoin de publier est plus fort. Non pas pour se faire valoir, mais pour témoigner. De l'exigence de la littérature.
La littérature inquiète. Elle ne se repose jamais. Pas de vacance à son errance. Pas de congé. Pas de congé, jamais. Un autre motif. C'est plus fort, plus important, certes, mais aussi plus oppressant, plus engageant, plus irrépressible que tout travail.
Ca ne mérite aucun salaire. C'est désintéressé.
C'est moche.
C'est beau.
C'est rien.
C'est tout.
C'est écrire. S'extirper du temps, du travail et de la société. C'est creuser, traquer, tarauder.
C'est écrire. Creuser, traquer, tarauder.
Tarauder. C'est tarauder.
- 11/03
Impressions de neufImpression de neuf, d'éclats lavés des herbes, des arbres ; impression conférée par le jour, toujours plus présent, dans le monde, qui inquiète le monde, venant toujours plus tôt, s'attardant toujours plus.
Impression de cincle, qui abaisse les contrastes, qui atténue les éléments, voltigeant hors de l'eau, ou pesant sur le fond caillouteux.
Cincle cinglant qui relie terre, eau, air.
Mais la lumière est passagère, traversière, et ce ne sont qu'impressions, impressions dues à la douceur des heures, surtout aux bords de midi, impressions que le printemps est là.
Alors qu'il ne fait que commencer d'arriver. L'hiver, s'il n'a pas été vigoureux, éparpillé dans les vents ou les nuées, fatigué de l'effort de la saison précédente, l'hiver est toujours là présent, hagard, éberlué, étonné, mais là présent.
La nuit nous le restitue.
- 10/03
NovembreJ'inverse les saisons.
A mars, giboulées, je pense à la calme blanche de novembre. Je songe à ces jours de Toussaints, où tout se fait bas, et un cimetière, un enterrement ; des vieilles personnes vêtues de lourds manteaux de noir, des rides, l'ennui propre aux familles ; les journées dans les campagnes, les villages esseulés ; une grange, un lavoir ; les toits d'ardoise des églises ; les maisons qui manquent d'être rénovées.
Je songe aux tombes de ma famille, mais aussi à la lueur faiblarde mais tenue du soleil de l'hiver, qui manque toujours, mais parvient non à réchauffer, ni à éclairer, mais à donner de la matière à tout ce qui se meut dehors.
J'aiguise les saisons.
- 09/03
Espace-tempsToute l'attente devient attention.
Je traverse les saisons.
Je passe dans les nuits comme s'il était agi de pièces en enfilade.
J'ai fait de tout moment une émonde spatiale ; des copeaux de temps que nous ramassons sans compter.
- 08/03
MalécranL'ange de mort fait son apparition ; quand Galilée enterre encore un des siens. Les outragés de l'orgie rient. Je pense à Ardis... Marc-Olivier Fo... et ceux qui chantaient l'hymne suivant (date de 1973 !!!!!)
I am gross and perverted
Im obsessed n deranged
I have existed for years
But very little had changed
I am the tool of the government
And industry too
For I am destined to rule
And regulate you
I may be vile and pernicious
But you cant look away
I make you think Im delicious
With the stuff that I say
I am the best you can get
Have you guessed me yet?
I am the slime oozin out
From your tv set
You will obey me while I lead you
And eat the garbage that I feed you
Until the day that we dont need you
Dont got for help...no one will heed you
Your mind is totally controlled
It has been stuffed into my mold
And you will do as you are told
Until the rights to you are sold
Thats right, folks..
Dont touch that dial
Well, I am the slime from your video
Oozin along on your livinroom floor
I am the slime from your video
Cant stop the slime, people, lookit me go
C'est Frank Zappa, album Over-nite sensation.
Ah oui, Jean Baudrillard est décédé.
- 07/03
Lettre à B.Je me demande si, au fond, tu aimes la littérature.
Elle t'attire certes, mais dans le même temps tu lui résistes. La manière dont tu résistes au récit, à la nuit des livres, à la déportation, mais la manière dont tu t'adonnes au langage, dont tu lui cèdes, dont tu t'abandonnes et te soumets à lui, pour créneler jusqu'au débord de ton âme - et finalement tu te fermes en lui.
Le silence des mots du livre te nuit - et t'effraie !
Une voix d'ailleurs que tu tais.
Tu résistes, et opposes à ce fourmillement des voix le bloc de la pensée, alors que la pensée dérive en le livre jusqu'à rénover tous les sites.
Lorsque tu prétends assaillir, tu rampes, et lorsque tu crois enjamber l'œuvre vers des horizons nouveaux, tu ne fais que creuser jusqu'à la lie le sillon de ta défaite.
Il n'y a pas de racine à ton ébauche ; et à la fin de la nuit, tu ressors seul, sans avoir essoré les vapeurs qui brouillent le réel.
- 06/03
Chez mon voisin 4Un soir (ou un matin, à la rigueur, peu importe), mon voisin vient me voir. Quelqu'un frappe à la porte, d'un bruit que je ne connais pas, qui hésite entre le craquement, le feulement et le choc. C'est lui. Je dis "Oui, entrez", parce que j'en ai l'habitude. Et l'énergumène entre, avec son pantalon dépenaillé et sale, un polo de rugbyman, un bob Ricard.
"Tout va bien ?", me demande-t-il, ce qui aurait plutôt l'air de sonner comme : "Quel est le problème ?" ou mieux : "Quel est tonproblème ?".
Il faut savoir qu'une opération de police avait eu lieu quelques jours avant, et une opération de cette envergure, dans un village méridional comme le nôtre (à mon voisin et à moi), cela fait parler - ou se taire, ce qui revient au même, ne rien dire.
Dans notre quartier. Dans notre rue.
"Tu es là, toi ?", demande-t-il encore. Comme si je n'habitais pas chez moi. Sous-entendu : "les flics ne t'ont pas embarqué..." Que veut-il, je me demande, mais je réagis vite, j'en ai l'habitude aussi, je lui demande si ça va et je souris chaleureusement. Il y a toujours un point dans la rencontre, où le plus étranger des hommes m'est à la fois sympathique et familier, comme l'ami que je n'aurais pas vu depuis plusieurs années et que j'accueillerais à bras ouverts à la fois soulagé et heureux.
Mais lui ne sent pas bon ; il est mal rasé ; il est mal lavé, cela se voit. Je n'ai rien contre a priori, au contraire, ce jour-là je l'aurais embrassé comme un frère, soucieux de couper court, par cette attitude paradoxale, à tout lien qui nous unirait, ou serait susceptible de le faire...
"Je viens te voir..." Effectivement, il vient voir, scruter, observer, comprendre peut-être, cet espace que j'habite, espérer ainsi mieux me cerner. La relation des hommes entre eux, fussent-ils voisin, ressemble à celle des fauves, voire des ennemis naturels. On se renifle, on tourne autour.
Puis on attaque : "... si tu pouvais couper les fils qui pendent de ta fenêtre, parce que y'a un gamin hier qui s'est fait mal..."
J'ai du mal, beaucoup de mal, à le croire. Tout ce que j'ai pu imaginer de lui, de moi, de lui à moi et de moi à lui, rien ne semble coller jamais avec les escaliers de son esprit. Je ne le comprends absolument pas.
Je le vois, il est là, petit, un peu mal foutu, les années ont passé sur lui, ses yeux sont cernés, lui un peu rougeaud, son nez est celui d'un buveur, il sent mauvais, ses cheveux sont gras, son bob est salle, il mâchouille un cure-dent au coin de sa commissure, il a un accent graveleux, ses mains poissent. Je comprends cela, qui se prétend homme. Mais ses phrases, ses interpellations, ses gestes, son attitude générale est pour moi absolument impossible à prévoir.
Il continue avec des phrases sans queue ni tête, mais que voit-il lui-même de mes livres, de mes meubles, de l'ordinateur ou des disques ? Rien, il arrive, il évacue ce qu'il ne voit pas, ou ne veut pas voir ; il me trouve, il me tient, vient vers moi, me saisit et me fait parler ; me faire réagir.
Je sens bien que mon attitude est faussée par sa présence ; j'agis comme possédé ; je mime un geste de colère ; je feins la lassitude ; je fais comme si je l'aimais, tout compte fait. Mais qui suis-je ? Qui me voit-il être ? Et que veux-je lui donner comme image de moi ? Pourquoi cet homme m'oblige-t-il à mentir, sur moi, sur le monde ? Que veut-il ? Que cherche-t-il de moi ?
De colère, une fois qu'il a quitté la pièce et ma vie, de colère, j'arrache les fils, qui sont d'anciens étendages rompus ; j'arrache tout, le fil, câble d'acier gainé me lacère une main ; et j'arrache une cheville du mur de pierre.
Pourquoi faire ça de moi ?
- 05/03
Voyant (chanson)J'aimerais l'âge des pierres
Pour soutenir ton regard
Avaler les couleuvres
Et apprendre à me taire
J'ai 17 ans à peine
Et j'en parais 26
Ca me fait de la peine
Il faut que je m'éclipse
Le rossignol m'appelle
C'est l'heure de mon bateau
Tu peux loger les larmes
Moi je traverse les yeux
J'ai 27 ans à peine
Et j'en parais 40
Ca me fait de la peine
Il faut que je déchante
Le désert me fascine
Et les hommes de tissu
Je ne veux plus de livres
Et ni mon nom dessus
J'ai 40 à peine
Et j'en parais 17
J'ai déserté la pleine
Et je meurs en ascète
Je n'ai plus aucun ami
Ni d'attache ou de famille
Pas de femme et ni d'homme
Je n'ai qu'une main rassise
- 04/03
trois poèmes composés dans la voiture, à voix haute, en conduisant, grâce à Alain Veinstein, puis transcris alors que, la voiture étant tombée en panne, j'attendais la dépanneuse, non loin de Chatte en Isère, à 2h30 du matin un dimanche (mon téléphone ayant fait faux-bond, par ailleurs)1.
Que tu traverses !
Je marche dans les villes comme en ton corps
La superbe, la sereine, la bordélique
Ce que je traverse en la ville comme en toi
Est ce qui me traverse
Toi, la ville, et moi qui
(vous)
traverse
Ce que je te cherche est ce que tu me trouves
Les habitants opinent
Les habituent se taisent
Et je rentre dans un bar
2.
Je pourrais très bien l'écrire
Or je chante ou annonne
Comme des archipels
Ces paroles de demain
Je pourrais très bien l'écrire
Or je chante et résonne
Comme des matins
Qui processionnent
Comme des chenilles acérés
Ces lames de poison
Qui pourraient très bien écrire
Comme des traits des colonnes
Un présage à nos routes
Destiné
3.
Je vois ta main noire
qui se pose en douceur comme un
oiseau sur ton (sein)
Les ornières de la grand'route
n'arrêtent pas ce souffle
de la marche
vers toi
Je vois ton (sein) noir
qui essaime alentour des vibrations
comme des notes de musique
cernes de feu
longés d'amertume
Les usagers sont faméliques
et je ne vois rien
qui puisse sauver la démence
de la démence
sinon un grand
()
Je vois ton sexe noir
herrissé et ridé
ourlé de velours
sans autre
certitude
baigné de la faim
de tout ce qui
parjure
Et dans le grand moindre qui me love
moi entier comme un fauve
le pied droit percé d'une fauvette
le pied gauche maculé de la couleur sienne
Embâcle nécessaire
Qui rameute du corps
Et restitue la matière
Et l'exige et la prouve
Moi durant la nuit atone
Je parle à la moquette
Mais quand vient l'heure
Du grand chambardement
Ostensiblement
Je me dirige
Boitant
Vers toi
- 03/03
david bowie, eight lines poemTactful cactus by your window
Survey the prairie of your room
Mobile spins to its collision
Clara puts her head between her paws
They've opened shops down on the westside
Will all the cacti find a home?
But the key to the city
Is in the sun that pins the branches to the sky
- 02/03
des listes : première donneVoilà plusieurs semaines que ce chantier fonctionne. A titre de halte en son sein, un petit tour d'horizon des dossiers ouverts (Italo Calvino créait ses romans en cadençant, ventilant ses textes du fur dans des pochettes ; ainsi les Villes et le Château).
Je pose ici les grands titres, je me réserve le droit d'y revenir plus tard.
CHEZ MON VOISIN
TOPOLOGIE
LISTES
œ
REFLEXIONS SUR INFORMATIQUE
MES NUITS
ECRIRE
RECITS SUR JADIS
RECITS COURTS SANS BUT
LECTURES ET CITATIONS
BLOGUE
RETOUR A NEW-YORK
ECLAIRCIES (poésies)
- 01/03
&Œ&Œ 1
Une fenêtre s'ouvre
une parole
et le clavier crépite
des étincelles
aussi
Beaucoup de blancheur
pour celui qui ne peut chanter
qu'en nostalgie
une chanson noire
à la manière d'un jazz
ou de blues
ou du funk
(ces mots n'ont pas été traduits)
(ils donneraient)
(énergie, désir, mélancolie, chaleur, baise)
Mais dans l'ensemble
l'histoire reste vraie
quelque soient les mots employés
J'en connais mille versions
Voici donc la mienne
tu peux fermer la fenêtre
(tout se passe à huis-clos)
(tout se susurre)
jazz
(tout se murmure)
blues
(tout se tait)
CAR IL EST MUSICIEN !
- 28/02
Mes nuits 1Moi qui vous parle, j'ai peur de la nuit.
C'est que j'ai frôlé la main sure. Et me voilà hagard. Abruti. Repoussant le sommeil de mes deux yeux, de mes bras même !
Moi qui vous parle, j'ai peur de la nuit.
Car mon sommeil est horrible ; pas seulement impossible : lorsque je m'allonge en mon lit, il n'y a pas seulement le sommier qui craque comme un squelette douloureux. Il n'y a pas seulement les relents fétides qu'exhalent les murs et le reste.
Il y a que, si j'aborde le sommeil, que je m'y engage, comme on entre confiant dans un tunnel, ou comme dans une voiture. Ou comme si on se remet à l'oubli propre au somme, je ne suis pas certain d'en revenir.
Beaucoup d'entre vous rient déjà. Je sais ce que je dis. Il n'y a pas que moi, et beaucoup de vieillards et de vieilles appréhendent leur nuitée ; ou l'attendent impatiemment ; insolents.
Mais je ne suis pas un vieillard.
Si la nuit m'effraie, ou plutôt si le sommeil m'effraie, c'est qu'il m'empêche de dormir. Si : je dors, mais si mal, si contraint et engoncé en lui que rien ne se repose, rien ne se dépose. Rien n'oublie.
Je n'oublie rien.
Cette nuit, je me réveille en pleine nuit, nuit froide et dolente, et mortellement privée de son, privée de vie.
J'étouffe ; je ne parviens pas à respirer. Je dois ahaner, sans quoi je m'étouffe.
Je sens tous le circuit de mon air bordé de lames de rasoirs. Je ne peux respirer. Mon ventre se plie. Mes épaules, mon torse, se braquent. Cela retentit jusqu'au bas du dos. On dirait un cheval mourant.
Se glissent sous ma peau des nerfs de feu. Et je tousse ; je suffoque. Mais rien, pas de toux, je ne fait que mimer, pour l'appâter ou la séduire, une toux inaudible, qui ne vient, ne veut pas venir, et n'a rien à faire ici.
Et pourtant je dois tousser. Je suffoque ; je m'essouffle. Comme après une course, où l'on aurait trop force, peut-être à cause du froid, du piquant du froid.
Peut-être à cause de la claustration.
Je me retrouve alors en bas, condamné à écrire, sans rien avoir préparé à écrire. Cela me prend aussi les tempes, et peu s'en faut la main.
Je suis un grand cheval sur le bas-côté.
Alors je repousse la nuit. Je crains la nuit. Mon cauchemar est dans la veille. Ou le sommeil intermittent.
Tout le jour se passe, sans douleur sinon la fatigue qui s'accumule.
Puis la nuit se pose sur moi comme un cheval mort. C'est mon cauchemar ; c'est l'étymologie de "cauchemar" : une jument est assise sur mon cœur.
Tant pis si je ne dors pas.
- 27/02
Des listes 3 : Voilà bien un autre défi impossible. L'arbitraire, cette fois concerne essentiellement le genre de musique. Il y a là tous les disques du monde, et ici le panel des dix douze qui me touchent le plus. Comme je suis né dans le rock, et que j'ai grandi dans le rock, la tâche était drue de ne pas mettre les quatre albums des Rolling Stones de 1968 à 1972. D'un autre côté je ne connais pas très bien d'autres pays que le mien, et même dans le mien, je ne connais pas très bien la chanson d'avant 1950. C'est donc arbitraire, et appelé à se modifier au cours des âges (elle a déjà bien changé depuis 1994 !). Je vais y réfléchir, mais plus tard. Car voici ma liste.
| 1. | Pink Floyd, The final cut | |
| 2. | Kronos Quartet, Early music. Lacrymae antichae | |
| 3. | The Rolling Stones, Exile on Main Street | |
| 4. | Fabrizio de Andrè, Creüsa de Mä | |
| 5. | Bojan Z, Solobsession | |
| 6. | Wynton Marsalis Septet, In this house, on this morning | |
| 7. | Georges Brassens, IX | |
| 8. | Jacques Brel, Les Marquises | |
| 9. | Henryk Gorecki, String quartets | |
| 10. | Alain Bashung, L'imprudence | |
| 11. | Antipop Consortium, Tragic epilog | |
| 12. | Nick Drake, Five leaves left |
Je ne crois pas qu'il y ait réellement d'ordre. Par contre on peut imaginer, ceci posé, que l'on tient là une liste qui regroupe les premiers de chaque genre musical. Je pourrais donc fournir 10 disques de rock, 10 de jazz, 10 de chanson, etc. Mais les classements, comme les listes, surtout en musique, sont tellement idiots...
Ajout d'août.Pour les lecteurs du ../chantier.htm, nous inclurons une musique par mois, pas forcément tirés de ces disques d'ailleurs, qui forment non pas fond sonore ou illustration, mais donnent une impression générale ; ou juste pour le plaisir d'une pause musicale.
- 26/02
Concorde
A. m'accompagnait. Nous étions dans le métro, et devions changer à Concorde. Nous nous suivions, j'étais un peu en retrait à consulter le plan. Je vois A. Je suis A. Puis je ne vois plus A. Je suis alors les panneaux, c'était l'heure de pointe Ñ et il y avait des contrôles qui obstruaient passablement le flux des gens. Je suis le panneau : Correspondance Ligne 8 (Créteil-Balard). Les galeries s'enchevêtrent. Je poursuis mon fil d'indications. Les couloirs s'allongent, on croise d'autres couloirs, pleins de gens, puis d'autres couloirs, d'autres correspondances (Ligne 12 : Chapelle-Issy), d'autres gens, toujours plus de gens. Je suis serré par les gens, ils me portent, je suis le flux et je me retrouve dehors : à l'air libre. La bouche s'ouvre devant une autre bouche exactement, avec ma ligne, ma destination. Ligne 8 : Créteil-Balard.
Je redescend dans le métro, les couloirs sont tous identiques, les gens toujours aussi pressés. Inutile de dire qu'il n'y a plus de trace d'A. depuis longtemps. J'emprunte d'autres galeries, d'autres couloirs, des files de gens coupent d'autres files par intermittence. On a l'impression d'une fourmilière.
Puis j'arrive sur le quai. J'appelle A. qui me dit arriver sur le quai aussi mais... de l'autre côté de la rame. Nous prenons chacun la rame extrême. Nous sommes dans le même train, mais nous sommes dans deux rames différentes, arrivés là par deux chemins sans doute tout à fait différents. La chaleur de tous les gens assomme.

- 25/02
Mon eau
L'appartement était spacieux, assez vide, et blanc sur tous les murs. Le plancher était orné de fine marqueterie. Il y régnait une chaleur épouvantable.
A peine entrée, Maud se dévêtit. En plein hiver, sa nudité était moins insolente que la chaleur.
Nous avons pris un verre ; moi, de l'eau. Elle, de l'alcool, mais de l'alcool fort, du whisky ou de la vodka.
La musique, soudain.
Cette musique (il faut le temps de l'entendre) :
Doux, mais tout de suite brutal. Et de plus en plus fort. Excessivement fort. Insupportable.
Tout m'exaspère. Je demande : "Auriez-vous l'obligeance de me donner un autre verre d'eau, s'il vous plaît ?". Je crie presque. Puis je hurle tout à fait : "UN VERRE D'EAU, ENCORE !". Elle est comme stupéfaite, ailleurs. La chaleur, la musique ou sa nudité. Que sais-je ?
Puis les gens entrent, des gens de toutes sortes, des vieilles avec leur sac à main, des chiens peut-être aussi. Maud est partout.
Un groupe de trois danseurs m'exaspère aussitôt. Tout m'exaspère. Je me mets à hurler, hurler, hurler, hurler, hurler.
Je n'ai pas eu mon eau.
JE N'AI PAS EU MON EAU ! "JE N'AI PAS EU MON EAU !"
Le plus jeune est tombé le premier.
Il m'exaspère. Il m'exaspère encore plus recroquevillé, hoquetant, sur le plancher de marqueterie fine.
J'explique mon désarroi par de grands coups de pieds dans ses flancs.
Je n'ai pas eu mon eau.

Je.
N'ai.
Pas.
Eu.
Mon.
Eau.
- 24/02
BNF



Leur temple était ouvert en semaine.
- 23/02
Branly
Incontestablement, Branly est un événement, dont on connaît moins aujourd'hui l'occurrence, qu'autrefois du temps des puissants.

Incontestablement, J.C. souhaite devenir F.M., soit par des grands travaux parisiens, soit par des révélations péaniennes.

Incontestablement, l'architecture du musée Branly est une bonne Nouvel.

Incontestablement, les œuvres exposées céans sont toutes remarquables.

Incontestablement, j'ai eu aussi très honte en en sortant.

Honte.

- 22/02
Cyber-Liber 1Lorsque se pose la question d'internet et du web comme média ou comme support (par exemple littéraire), inlassablement pour moi revient la question de l'espace, espace où l'entendent ou l'ont entendu Barthes (texte-tissu), Deleuze et Guattari (rhizome), Butor (itérologie), Perec, etc. Auxquels on pourrait ajouter une fois encore l'espace littéraire
(Blanchot) et l'espace du dedans
(Michaux).
Mais ayant rappelé cela, on n'aura rien dit de bien nouveau. Ce sont des classiques et ce sont des vieilleries, face à internet.
Etrange position que de se référer à des textes qui désignent sans le savoir internet, qui se passe au demeurant fort bien d'eux.
Mais le sujet est complexe, est quotidiennement actualisé.
Je prends le cas d' AMBO(i)LATI. A-t-il fallu attendre huit années dans le noir quasi-total pour considérer toutes les possibilités qu'offrait le réseau ? A-t-il fallu attendre le CSS, le Php et les flux RSS pour en jouir ? Faut-il encore revenir sur le blogue ?
Je pose plusieurs remarques, sans ordre réellement, sans non plus de degré de pertinence.
1. le lien, l'hyperlien Des pages sont liées, au-delà de la continuité d'un livre. C'est un apport suffisant, un potentiel fantastique. Qu'en fait-on ? Des pages de liens, parfois un peu mieux. Je me rappelle, il y a longtemps, un texte sur le cybertexte de Jean-Pierre Balpe. J'en nourrissais beaucoup d'espoir (si j'ose dire). Bien ; presque dix années sont passées et jusqu'au vertige un peu fourbe du "web 2.0", et les expériences concrètes d'art numérique sont toujours peu nombreuses et confidentielles, et de plus, de surcroît, noyées sous les milliers de "blogues qui ont envahi la toile. Pourtant, l'occasion ne manque pas de créer une espèce de texte, réellement palimpseste, avec strates, souterrains, oubliettes et impasses, c'était le projet de mon tout premier texte numérique, avant même le web, un ensemble de textes reliés entre eux par des hyperliens bleus (Word
permettait déjà cela). On n'a pas trouvé peut-être la forme adéquate (tout se réduisant à un écran, et chacun se dépêtrant avec les multiples systèmes d'exploitation). Ni le fond : quel genre de texte serait le mieux adapté à cela (sinon ce genre de chantiers
, de tumulte
) ? Pourtant aujourd'hui les fournisseurs divers s'échinent à uniformiser au moins les supports techniques (cf. xhtml, xml et cie), avec le risque, pour celui qui ne serait qu'en surface, d'une banalisation des sites. Mais peut-on demandait à un écrivain d'être aussi imprimeur ? A un luthier d'être musicien ? La question de pose. Vraiment. Quoi qu'il en soit, ce qu'on remarque, c'est un désintérêt profond de la part des écrivains, des artistes, parfois, hélas, des intellectuels et universitaires, souvent, aussi, pour le net, à moins qu'il ne soit qu'une courroie de transmission entre la vrai vie et les publics, potentiellement clients. A l'origine du web, le commerce. Les sites, jusqu'aux blogues, forums et chats, étaient fondamentalement commerciaux. Ils le sont encore, me direz-vous, mais là où plusieurs artistes prennent la toile, ce n'est souvent pas comme un nouveau support ou creuset ou chantier ou tumulte, mais plutôt comme un benoît média, un de plus, une autre manière de faire vitrine.
2. le CSS Les moyens ne manquent pourtant pas, donc. Et devant l'explosion des sites durant les années 90, plusieurs "personnes" se sont regroupées pour créer un organe de maintenance et de "recommandation" sur les protocoles et langages du net, le W3C. On croit rêver. Du moins je croyais rêver. Une espèce de Grevisse technique à destination des webmestres, lesquels commettaient, paraît-il un grand nombre d'erreurs difficilement interprétables par les machines. Cela gênait singulièrement la circulation des informations. Il y a là un nœud du problème. En effet, le laisser-faire inhérente au net, la relative simplicité des langages informatiques de type html, permettait à quiconque, sans grande difficulté, de se créer un petit jeu de pages, sans grand dynamisme, certes, mais qui pouvait opérer. Quant à la forme on se rabattait sur la possibilité d'insérer du son, de l'image (on a tous eu recours à Photoshop
), voire de l'image en mouvement (et on a tous lorgné vers Flash
, sans vraiment arriver à s'en servir). Je me rappelle une époque toute proche où Flash était relativement plus à la mode qu'aujourd'hui. Il faut dire qu'on n'avait pas de haut débit, ce qui grevait terriblement l'usage des vidéos et des sons, mais aussi les architectures trop complexes, comme les recours aux bases de données (genre cgi
, asp
et même Php
). All music
était d'une lourdeur incroyable.
Or la naissance de nombreux sites personnels étaient soit hébergés par des fournisseurs gratuits, genre Free, et il fallait connaître un chouia de html (ou bien recourir au logiciels qui faisaient du html à partir de texte, commeFrontPage
de Microsoft, pour ne citer que le plus courant, et pas le meilleur), soit, c'est le cas ici, on pouvait créer des sites au squelette prédéterminé, genre Dromadaire
. Cette deuxième solution, plus accessible, démontra vite ses faiblesses : tous les sites se ressemblaient et nous n'avions aucune créativité architecturale. On se mit donc, pour la plupart, au html. On a fait des architectures à base de tableaux, ce qui fut rapidement proscrit par le WC3 (comme je l'appelais), qui préconisa de bien distinguer d'une part le contenu du site (ce qu'on met dans l'html) de sa forme (qui devint le CSS - entre autres). C'est l'épine du problème : en effet, si un écrivain n'est pas typographe ou imprimeur, c'est que ce n'est pas son métier. Il doit en revanche, s'il souhaite se faire entendre, user correctement de la langue qu'il pratique. Il peut certes jouer le matérialisme ou l'abstraction, genre Michaux ou Artaud, mais il ne peut pas éviter l'aspect technique de la langue : canal, air, etc. Ainsi sur la toile : vous pouvez ne pas croire au WC3, si vous écrivez n'importe quoi, votre site ne sera pas vu, lu, n'apparaîtra même pas à l'écran. Alors où se situe la technique, la création ; à l'orée de quel monde ? Le long de quelle frontière ?
Nous nous sommes donc soumis au WC3, pour de simples raisons techniques, mais la question là posée alors est fondamentale. Je cite François Bon : Mais qui pourrait prétendre, pour Internet comme pour le livre graphique, que la présentation et la mise en page sont indépendants du contenu ?
. Je ne saurais répondre complètement.
3. Les blogues Le CSS était déjà une préfiguration du web 2.0
, terme qui ne signifie à peu près rien. De nouveaux moyens techniques libérèrent les nouveaux arrivants du net, propulsés par l'adsl post-bulle internet. Et ce fut le moment des blogues, moment qui dure encore et ne semble pouvoir se tarir. Il y a deux ans, mon propriétaire me demande, après que je lui dis avoir un site sur internet : c'est votre blogue ?
Bien sûr que non, ce ne peut pas être un blogue ; pour deux raisons : 1. je ne sais pas ce qu'est un blogue ; 2. je n'aime pas les blogues. Je ne reviendrai pas sur le 2., puisque j'en parle assez ailleurs. Pour le point numéro 1, je dirais ceci. Quand je déclare ne pas savoir ce qu'est un blogue, c'est que je trouve singulier de différencier, subitement, dans l'esprit des gens, les blogues des autres sites. Or, si l'on observe les blogues, on se rend compte qu'ils ont tous quelque chose en commun (ou quasi) : leurs auteurs ne s'occupent pratiquement pas de la mise en forme, je veux dire, des codes sources de leurs pages. L'architecture leur est fournie par un "hébergeur", et ils doivent s'en contenter. Si bien que, malgré tout, tous les blogues se ressemblent, ce qui est fort dommageable : 1°. Cela les retire de la création internet, et cela réduit à nouveau la toile à un média, et 2°. Cela s'exclue littéralement de la scène littéraire, puisque cela n'a pour objectif qu'une écriture quotidienne, disons, dans l'actualité (je provoque aussi : il y a bien sûr de bons blogues).
Mais mon propos est ambigu, et je le sens bien. Les blogues correspondent à cette soi-disant liberté acquise dans la technologie, comme les bagnoles, les téléphones cellulaires, les baladeurs mp3. Qu'en est-il ? Des milliers de pages, d'une grande affligeance, pour ne pas dire affliction, dont l'objet est simplement le souci de soi. Il n'y a pas de lien avec d'autres sites (sinon d'autres blogues). Et surtout, on a recours à une architecture monomaniaque : un bandeau, un pied de page, entre les deux, trois colonnes : calendrier, nouveautés, etc. J'y reviendrai plus tard, mais ceci démontre que la plupart des sites, dont les blogues, n'ont que faire du "cambouis" informatique ; que d'autre part, avec l'adsl, la facilité et la quasi-gratuité d'internet, on se précipite, sans contrainte, vers des schémas imposés par ailleurs (et on s'en contente) ; ces schémas de plus miment le journal, c'est-à-dire le format journalistique, avec rubriques, articles, brèves, comme si l'auteur d'un blogue était surtout un explorateur du réel et du moment, un décrypteur, et le texte un simple ramassis de nouveautés ou d'actualités (en ces deux aspects horriblement lointains de ce que j'envisage comme littérature) ; on revient dix ans en arrière. Le temps viendra peut-être du blogue dynamique, et ce sera peut-être le "web 3.0"... En attendant, les grandes ressources du "2" sont sous-utilisées et chacun patiente, son blogue à la main, sans chercher à détourner le formidable outil.
4. le RSS Autre invention du Web 2.0, le RSS, la syndication. Si on croit ainsi faire de la politique, on se trompe, puisqu'au moment où les syndicats, nous dit-on, volent en éclats, la syndication sur internet marche du tonnerre. Mais c'est un peu la rançon du succès : il y a tellement de blogues, notamment, et les blogues envahissent tous les sites internet, du moins leur déprimante structure : quotidienneté, opposition rubrique/article, conteneurs identiques, et puis nous nous soumettons bêtement au potentat de l'actualité, qu'il faut bien encourager les visiteurs à revenir, c'est-à-dire, à leur faire croire qu'il y a du nouveau sur le site : il est actualisé. Le fil xml
(RSS) permet donc d'afficher sur votre site ou sur un site généraliste, toutes les nouveautés des sites que vous avez choisi de "syndiquer". En ce cas, on accède directement sur la page nouvelle, ou actualisée, et on ne se préoccupe plus ni des bas-fonds du site, ni de ses archives. Il n'y a qu'un présent perpétuel, lequel, soit dit en passant, se moque lui aussi de l'esthétique, des ressorts internet habituels, les liens hasardeux du flâneur ou les chemins obligatoires choisi par le créateur du site.
5. le Php Dernier point de cette première partie fort technique, l'usage du Php. Le Php est un langage informatique plus complexe que le html. Il nécessite de plus grandes connaissances et aussi un accès total, si possible, à la gestion du site, notamment par la création et la gestion de bases de données (habituellement MySql). Pour aller vite et joindre ce qui nous importe ici en priorité, disons que Php permet de dynamiser un site web ; il est particulièrement efficace pour la gestion des "Blogues", justement, des "Forums de discussions", des "Wiki" et des "CMS". Les wikis étant des sites ou parties de site qui permettent aux utilisateurs ou visiteurs de modifier depuis leur poste les pages et de les publier directement. Ce système est une véritable révolution, il est malheureusement restreint à des applications spécifiques (comme Wikipédia), et rarement utilisé comme ressource artistique. Les CMS sont les Systèmes de Gestion de Contenu, c'est-à-dire précisément, les structures complètes de sites alimentés par l'auteur sans mettre les mains dans le cambouis, sous formes de rubriques/articles/brèves, etc. Si l'auteur peut inclure son propre html, il laisse en revanche tout le côté technique au logiciel, ou presque tout ; l'auteur moins versé dans l'informatique sera moins libre, quant au spécialiste il pourra adapter son architecture à son propos. Un exemple de CMS est Spip, logiciel libre qui est très utilisé dans le milieu associatif, qui gère essentiellement des sites non-littéraires et, justement, à actualisation récurrente ; Spip peut aussi être utilisé pour un blogue ; plus rarement, il peut l'être par un écrivain, comme c'est le cas pour le Tiers Livre de François Bon, qui en a fait une architecture personnelle et non calquée sur les sites habituels conçus avec Spip.
Je terminerais simplement par une question, que chaque jour je me pose : à quoi me sert le Php sur AMBO(i)LATI
, et comment peut m'aider Spip ? Je suis profondément désolé, et cela doit être lié à ma grande méconnaissance du Php, et des scripts en général, mais je ne vois pas en quoi mon site serait plus dynamique avec que sans. Trois raisons à cela : 1. Il est très peu actualisable ; 2. Il n'est pas un blogue ; 3. Il ne permet pas l'écriture par les visiteurs ; 4. Il est tout petit. Lorsque j'installe Spip (je l'ai déjà fait deux fois, deux fois je l'ai effacé), je me retrouve avec une structure imposée qui me déplaît, non seulement physiquement mais aussi logiquement (les rubriques, articles, etc.) ; je dois orienter tout mon contenu par rapport à Spip (sinon quel intérêt d'avoir ces articles ?) ; surtout, je ne peux pas être libre comme je le suis lorsque, patiemment, je crée mes boucles Php pour une nouvelle version du site, dont le seul intérêt pour moi est la dissociation de la structure avec le texte. Donc je le reconnais, je touche au Php, mais je souhaite en saisir les ressorts et les possibilités, en parfaite adéquation avec le CSS (qui est quand même fichtrement efficace), et, solitaire, je ne me résous toujours pas à avoir un blogue, à être actualisable, à suivre toute "actualité" (ce qui n'exclue pas l'usage de la modernité).
Par contre, je n'ai pas terminé sur le chantier, mais réaliser un jeu de liens entre thèmes (rubriques ?) de ces textes écrit pendant une année, plutôt sous forme de carnet que de journal intime ou non, ou entre chacun de ces textes (articles ?), avec rétroliens, tags et compagnie, pourquoi pas ? La seule chose à faire : se mettre dans les protocoles et les langages, les décortiquer, ne pas nous laisser imposer un Web 3.0
poussif et monolithique, - quoique rapide et clinquant. Vive l'internet libre ! A ce propos, je n'ai pas évoqué le P2P ("Peer to peer" ou "Poste à poste", voire "Pair à pair"), ni le site Candidats de l'April, ni celui de l'EUCD. Mais vous aviez compris que c'est par manque de temps...
A SUIVRE...
Dans Cyber-Liver 2 :
6. De l'espace des sites ;
7. De la littérature ;
8. Du roman ;
9. De l'autofiction ;
10. De l'autobiographie ;
- 17-18/02
Des listes 2 : dix romansJe reprends l'idée de liste pour donner à voir : 1°. Que les listes sont nécessaires ; 2°. Que les listes sont inutiles ; 3°. Que les listes sont impossibles, ce que sous-tendent les deux premières propositions.
Dix romans : les problèmes soulevés par cette liste : comme toujours, la définition de l'objet de la liste. Roman français ou étranger ? Roman avant 1945 ou après 1945 ? Roman antique ? Roman ou Récit ? Roman et autobiographie ? Roman et autofiction ? Etablir cette liste nécessite de répondre à la question : qu'est-ce qu'un roman ? Ce qui est virtuellement impossible. Je vais y réfléchir, mais plus tard. Car voici ma liste.
| 1. | Juan Rulfo, Pedro Pàramo | |
| 2. | Maurice Blanchot, Thomas l'obscur | |
| 3. | Alessandro Baricco, Océan mer | |
| 4. | Tony Morrison, Beloved | |
| 5. | Gao Xingjian, La montagne de l'âme | |
| 6. | Homeros, L'Odyssée | |
| 7. | Lucius Apuleius, L'âne d'or | |
| 8. | François Rabelais, Gargantua | |
| 9. | Fedor Dostoievsky, Crime et châtiment | |
| 10. | Franz Kafka, Le château |
- 16/02
Chez mon voisin, 3Je rentre chez moi et dans la rue, sur le pas de porte mitoyen, mon voisin. Un peu plus tard, qui entre chez lui, le gros Sortch, un ahuri du village, un peu violent, qui traîne ses guêtres n'importe où. Le lendemain c'est la grosse Ana qui sort de chez lui comme je rentre, avec ses deux filles jumelles et son grand fils qui est aussi un peu abruti. Pas plus tard qu'hier c'est la voix d'Anrat que j'ai distinctement reconnue vibrant dans les viscères des cloisons qui nous séparent.
Mon voisin, qui est un homme usé, comme on peut le constater quand on le croise, a une fâcheuse tendance à vouloir faire tout de suite ami-ami. Il acquiesce à tout ce que vous dites, mais son œil, lui, conserve une franche réserve, voire de la défiance, qui donne au tableau un tour très singulier. On est donc aussitôt accueilli dans le malaise.
Or le fait que se retrouvent chez lui à peu près tout ce que le bourg recèle de parias, de marginaux, de propres à rien, de pauvres types ou de gars paumés, les mots ne manquent pas pour les décrire, je m'en rends bien compte, ce simple fait démontre s'il fallait encore s'en convaincre que la misère amène la misère.
Je n'ai qu'à penser à un abruti, une loufoque ou un pochetron pour le retrouver le soir ou la nuit même chez mon voisin.
Chez mon voisin, il n'y a rien, en plus. Ce ne sont qu'auréoles d'humidité, salpêtre et autres dérèglements ou dysfonctionnements divers. Les canalisations pètent, les murs se tachent, les bois s'écornent et s'échardent, rien de bon. C'est humide et malsain, c'est même honte que de permettre à quiconque d'habiter là-dedans, ce bouge merdeux et moisi.
Tout ce beau monde parvient tout de même à trouver le temps de se réunir, la place pour le faire !
Inutile de préciser que le vin - ou la bière - coule à flot dans ces moments de grand bruit, où rien d'intelligible de transpire à travers les solives, sinon des rires gras, des jurons gras, des voix grasses.
Au matin plus rien, plus personne, à croire qu'ils ont tous fini à la rivière ou embraqués par les forces de l'ordre.
Et pourtant ça reprend de plus belle deux jours plus tard, avec d'autres numéros du genre Morle, Tarde ou Michte. Des vedettes.
Et si je croise le voisin dans les entrefaites ou les préparatifs des beuveries, j'écope d'un "Salut mon gars, déjà levé ?", désormais rituel et décevant.
- 15/02
Johnny Cash, I've been everywhere
Voici Johnny Cash, le sombre et poignant Cash, dans une chanson qui est une liste. C'est sur America II
. Hommage.
I was totin my pack along the long dusty Winnemucca road
When along came a semi with a high canvas covered load
If your goin' to Winnemucca, Mack with me you can ride
And so I climbed into the cab and then I setteled down inside
He asked me if I'd seen a road with so much dust and sand
And I said, "Listen! I've traveled every road in this here land!"
I've been everywhere, man
I've been everywhere, man
Crossed the deserts bare, man
I've breatherd the mountain air, man
Of travel I've had my share, man
I've been everywhere
I've been to:
Reno
Chicago
Fargo
Minnesota
Buffalo
Toronto
Winslow
Sarasota
Wichita
Tulsa
Ottawa
Oklahoma
Tampa
Panama
Mattawa
LaPaloma
Bangor
Baltimore
Salvador
Amarillo
Tocapillo
Barranquilla
And Padilla
I'm a Killer
I've been everywhere, man
I've been everywhere, man
Crossed the deserts bare, man
I've breatherd the mountain air, man
Of travel I've had my share, man
I've been everywhere
I've been to:
Boston
Charleston
Dayton
Louisiana
Washington
Houston
Kingston
Texarkana
Monterey
Fairaday
Santa Fe
Tallapoosa
Glen Rock
Black Rock
Little Rock
Oskaloosa
Tennessee
Tennessee
Chicopee
Spirit Lake
Grand Lake
Devil's Lake
Crater Lake
For Pete's Sake
I've been everywhere, man
I've been everywhere, man
Crossed the deserts bare, man
I've breatherd the mountain air, man
Of travel I've had my share, man
I've been everywhere
I've been to:
Louisville
Nashville
Knoxville
Ombabika
Schefferville
Jacksonville
Waterville
Costa Rock
Pittsfield
Springfield
Bakersfield
Shreveport
Hackensack
Cadillac
Fond du Lac
Davenport
Idaho
Jellico
Argentina
Diamantina
Pasadena
Catalina
See What I Mean
I've been everywhere, man
I've been everywhere, man
Crossed the deserts bare, man
I've breatherd the mountain air, man
Of travel I've had my share, man
I've been everywhere
I've been to:
Pittsburgh
Parkersburg
Gravelbourg
Colorado
Ellensburg
Rexburg
Vicksburg
Eldorado
Larimore
Adimore
Haverstraw
Chatanika
Shasta
Nebraska
Alaska
Opalacka
Baraboo
Waterloo
Kalamazoo
Kansas City
Sioux City
Cedar City
Dodge City
What A Pity
I've been everywhere, man
I've been everywhere, man
Crossed the deserts bare, man
I've breathed the mountain air, man
Of travel I've had my share, man
I've been everywhere
- 14/02
Qu'est-ce qu'un auteur ? 2Et de se retrouver aussi, cela est tout aussi étrange, sur le tierslivre
, de se retrouver depuis la rubrique ils inventent sur le net
à et autres blogs
, puis le lendemain ou peu s'en faut à celle dite des blogs avec littérature
.
Cela aussi, grande part de la critique ne peut imaginer, dans une optique classique, ce que cela produit ou induit sur une œuvre-se-faisant. Saura-t-on jamais décrire ou analyser le sentiment qui parcourt l'échine de celui qui, sans avoir publié vraiment de livre, souhaite prétendre écrire, du moins considérer le fait d'écrire, et non de haut.
La lecture de Papier Machine, de Jacques Derrida, m'a permis de mieux appréhender ce qui (se) passe sur la toile. Comment elle est tissée, et par qui, dans l'idée générale du livre, là où il y a du texte, tissu brocardé, d'après Barthes bien sûr tissu.
Qui saura jamais lire dans les yeux multiples de l'arachnide ?
Quel humain saura saisir le chasseur ?
Quel humain aura assez avalé sa honte d'avoir besoin d'outil (et moi qui ai grandi dans un moulinage, je peux en dire quelque chose, sans savoir), quand l'araignée tisse elle-même sa toile ?
Quel humain renoncera à écrire ?
- 13/02
Cela devientCela devient incroyable que ce qu'on avait posé comme une tâche ou un pensum arrive à vous tenir par la couenne ou la spinale ainsi. J'avais toujours une bonne raison pour ne pas écrire chaque jour. Aujourd'hui je trouve toujours cinq minutes pour lancer quelque texte à l'avenant, au dépoté, à la va-vite ou à l'aveuglette.
Non pas que ces textes aient une quelconque valeur littéraire. Assurément, il n'en ont pas.
Mais par contre, ils vous poussent dans des retranchements insoupçonnés, et leur écriture ressemble à des galeries que l'on creuse, à fouir toujours plus loin vers les cordes sensibles.
Pour eux, je relis Artaud, Rimbaud, que sais-je, Dostoievsky, comme Les carnets du sous-sol pas plus tard qu'il y a cinq minutes, suivant là telle image filée ensuite en métaphore.
Ou je découvre, un peu bêtement, toujours, d'arriver dans les derniers, des œuvres importantes, comme celle de Christian Gailly.
On est pris de vertige, mais un vertige terrien, si on ose dire, comme le personnage de La folie du jour s'étonner du remuement, ainsi que du brasier de la terre où on le fiche.
Il y a là quelque chose qui ressemble à l'écriture, celle du journal, en somme, contre laquelle s'érigent non seulement plusieurs blogues inadéquats, mais surtout des œuvres entières de flagellation ou d'onanisme, du genre Angot.
Il ne me semble pas que cela soit exactement la même chose
On ne parle pas de maman-papa, on creuse en soi des mosaïques éparses.
Cela devient une espèce de drogue, qui vous enfonce en vous.
A rapprocher de la folie chez Artaud, comme il le dit à Jacques Rivière, dès que je tiens un peu de pensée... Ou de la mescaline chez Michaux. Non que je souhaite prévaloir mon expérience, surtout en regard de la leur, si riches et uniques et dangereuses. Mais des coups d'épée dont on devine, généralement, qu'ils importent moins encore que l'eau sans blessure, ou la sombre profondeur des espaces immenses qu'elle recouvre - avec leur vie galeuse incessante, géante intestine, muqueuse sans remords.
- 12/02
Retour à New York 0C'est un hasard, une coïncidence, mais n'est-ce pas le lot du voyage ? De passage à Romans (!), chez Michel, je tombe sur l'autobiographie de Bob Dylan. Au moment où j'écoute celle de François Bon sur France-Culture.
C'est la scène de l'arrivée à New-York qui débute le livre, l'émission (ou presque).
C'est cette scène qui retient mon attention.
Je suis allé à New-York, en vrac, au hasard, sans me soucier d'un lieu ou dormir, d'un endroit où dormir, où manger. Je n'ai payé que le billet, je n'avais sur moi que 600$ en Travellers-Chèques Ce n'est pas un long séjour, dix jours, mais dix jours pleins, intenses, dix jours de parenthèse dans une vie, avec bien sûr une claque dans la gueule.
Tenter de se remémorer chaque instant passé des dix jours à New-York (via Reykjavik) il y a presque dix années, cela touche au délire, littéralement, comme Funes chez Borges ou cette nouvelle de La chambre des enfants de Des Forêts.
Tenter cela pour trouver quoi ?
Peut-être la même chose qui pousse un jeune homme adolescent à se rendre dans la plus grande ville du monde, mais aussi la ville américaine la plus européenne, celle devant laquelle on touche à l'Histoire (celle avec un grand H) : retrouver ce quelque chose, ce je-ne-sais-quoi qu'on ne connaît pas et qu'on sait devoir chercher.
C'est tourner en rond aussi, exactement comme un pauvre garçon arrivé sur Manhattan tourne autour des blocks, des mythes, de l'île, enserré dans les deux fleuves, sans possibilité aucune de quitter l'endroit sauf au moment du départ.
Comme toujours, j'ai peu de photographies du séjour, je n'avais que deux pellicules, pas de numérique alors, et la deuxième je l'ai développée presque quatre années plus tard.
Mais j'essaierai de puiser là où la rétine est frappée, imprimée, revers, eau-forte, gabarit. C'est un bon programme pour ce chantier. Retrouver ce qui, un instant, me poussait à vivre encore.
- 11/02
Des listes 1 : Liste des tunnels et des ponts pour aller à GênesGalleria Barricate Galleria Düi Gurgiun Galleria Messantoni Galleria Reinardas Galleria La Buoina Galleria Nandis Ici vous entrez sur l'autoroute "dei Trafori" ; on en a raté quelques-uns depuis Alessandria... Viadotto Bozzolo Viadotto Ellero Galleria Gay di Monti Viadotto Cento Viadotto Frocco Viadotto Corsaglia Viadotto Tanaro S. Lazzaro Viadotto Cevetta Secondo Viadotto Mazzola Viadotto Chiappa Sud Viadotto Onzerini Galleria Montezemolo Galleria Pallaviere Galleria Zemola Primo Viadotto Zemola Galleria Zemola Secondo Viadotto Batei Viadotto Merica Viadotto Rivere Sud Viadotto Taranco Viadotto Bormida di Millesimo Galleria Montecala Viadotto Priera Viadotto Moia Strette Viadotto Lidora Viadotto Pian del Don Galleria San Rocco Galleria Niprati Viadotto Bormida di Pallare Galleria Lasagne Galleria Casa Rosa Viadotto Bormida di Mallare Viadotto Ferrovia di Altare Galleria Altare Galleria Forte di Altare Galleria Bocca d'Orso Galleria Uvi Viadotto Porcile Galleria Boccafolle Galleria Fo Galleria Niju Galleria Tasce Viadotto Boccafolle Viadotto Tasce Galleria Ligetta Galleria Teccio I Galleria Teccio II Galleria Termoia Viadotto Rio Grande Sopra Viadotto Teccio Viadotto Termoia Galleria Pagliera Galleria Volte Viadotto Gaggie Viadotto Ligetta Galleria Cornaro Viadotto Cornaro Galleria Vapea Viadotto Casale Galleria Vallepiana Viadotto Vallepiana Galleria dei Passeggi I Viadotto Sopranda Galleria Quattro Stagioni Galleria Bricco Galleria Letimbro Viadotto Letimbro Galleria Ranco Galleria Termine Galleria Monte Pasasco Galleria Torre Faraggiana Sansobbia Galleria M.G. Rossello Galleria Arma Galleria Casanova Galleria Cassisi Galleria Costa Galleria Fighetto Galleria Pecorile Galleria Terizza Viadotto Lorio Viadotto Costa Viadotto Ligie Galleria Boschetto Viadotto Rianello Galleria Don Bosco Viadotto Arzocco Viadotto Teiro Viadotto Arrestra Galleria Arrestra Viadotto Rumaro Galleria Cogoleto Viadotto Lerone Galleria Colletta Galleria Castello Primo Galleria Castello Secondo Galleria Terrarossa Secondo Viadotto Bicocca Secondo Viadotto Castello Viadotto Mina Viadotto Egua Viadotto Lupara Galleria Crevari Viadotto Ponte ad Archi Viadotto Vesima Galleria Artificiale Viadotto Cerusa Galleria Voltri Viadotto Leira Viadotto San Pietro Galleria Provenzale Galleria Lupo Galleria Rexello Galleria Pallavicini Viadotto Varenna Galleria Chiesa Galleria Cantarena Galleria Marotta Viadotto Molinassi Galleria Sestri Viadotto Chiaravagna Viadotto Ruscarolo Galleria Don Guanella Galleria Coronata Viadotto Polcevera Galleria Belvedere Galleria Promontorio Sopraelevata
- 10/02
Ecrire 1Ecrire.
Une page d'écriture pour laver du jour. Lessiver le quotidien, les poussières, et même le jour, je veux dire en cela les éclats du jour, les ombres, les cassures, les douleurs qui se ramifient avec le jour.
Une page d'écriture pour amener un peu d'espace. Pour délimiter. Pour monter un volume, étendre une ligne, perforer un point. C'est-à-dire, retrouver un certain souffle, souffle de la marche qu'il faut éprouver quelques centaines de mètres. On va alors pouvoir ployer sous les mots. Mais il faut du blanc (je ne dis pas du vide) pour ça.
Une page d'écriture pour écrire, d'abord avec difficulté, avec labeur et lenteur, puis le silence et l'arrêt qui marque l'impatience ou la recherche impatiente du mot, je veux dire l'arrêt, je veux dire l'arrêt qui ne trouve rien, l'arrêt sur le bout de la langue, va se muer en un arrêt différent, un silence ou un délai propice à la création, plutôt, car ce mot ne dit rien, à la concentration.
Laisser parler cette voix en soi. L'entendre et la faire parler. En ce sens un peu pute, un peu chasseur, un peu prédateur.
Non, création ne dit rien, tout au plus se met-on à l'écoute, et tout au plus on traduit. On est récepteur ; décodeur ; serveur ; hub.
On est comme ces images anciennes des opératrices qui parlaient devant un grand tableau de prises d'où s'échappaient des liasses de fils et reliaient entre eux des usagers chanceux de téléphone. C'est à peu près ce qu'on fait, quand on s'assoie devant du blanc - papier, écran ou même dans la neige, où les yeux fermés, ou au cinéma. On transmets. On traduit. On transforme. D'ailleurs. Pas de fidélité possible. Basse fidélité. Erreurs probables. Barbarismes et contresens admis. Encouragés. Ca démontre qu'il n'y a pas de langue à l'art. Ca fait des idiots. Je suis un idiot. On y revient. Voilà, je parle, divague, hanté, envahi, c'est l'idiot qui parle en moi. C'est ça ma parole. Pas de parole. Un idiome.
Un grand idiome, c'est la quatrième page d'écriture. Le délire, le délié, le schizo. Voilà. C'est Artaud.
C'est ça.
C'est ça.
- 09/02
DisquesJe pose le disque de l'Idiot sur la platine. Ou bien un Charles Mingus.
Je roule une cigarette de tabac pur.
Je ferme toutes les lumières sauf une. Mais loin, dans un coin, derrière. Comme une voiture qui gravit une colline mais juste au début, là où les phares pourtant puissants éclairent en vain la nuit - qui ne se laisse pas prendre.
Ce peut aussi bien être une pointe d'encens. (Comme nos maisons sont pleines d'armes.)
Une guitare a toujours voulu crier plus fort.
Qu'un saxophone aussi. Salope.
Une page d'écriture qui passe sur les sillons de vinyle. Qui fait ça encore ? La différence du son entre les disques noirs et les disques d'argent est flagrante. Certes, mais il faut tenir compte des amplificateurs et des baffles de l'époque. On avait l'impression d'un son chaud, c'était simplement un son de carton, du carton dont on faisait encore notre adolescence ou notre fin d'enfance (moi je me rappelle Dark side of the moon, j'étais en Cinquième). Avec les disques d'argent, on avait grandi. C'est tout. Le son des noirs n'était pas meilleurs ; il était par essence voué à la nostalgie. Don en une espèce d'idéologie renversée. Les disques étaient les Bibles, les mecs dedans des messies. Comme j'ai pu aduler - littéralement - un mec comme Kurt Cobain, et encore j'étais déjà vieilli - déjà l'amour était passé par là pour tout foutre en l'air. Mais ceux qui galvanisaient les foules, pas tant les virtuoses ou les techniciens, ou les clinquants, mais vraiment ceux qui, tel Hitler, portaient un public - genre Bob Geldof dans The wall : Hendrix, oui, mais Country Joe gueulant "Fuck" à Woodstock, Keith qui matraque un jeune qui monte sur scène avec sa guitare encore branchée puis la rechausse et rejoue - stoppant net le larsen, ou telle image de Dylan, de Steppenwolf, de Neil Young (l'avant-scène de la tournée Rust Never Sleeps), ou Janis Joplin, Sly Stone, Prince ou Otis Redding (je parle là des Noirs).
C'était le son des disques noirs, c'était ce que nos oreilles voulaient entendre. Le son n'était pas meilleur, plus chaud. Les disques étaient rayés, il n'y avait aucune basse, c'était sec, comme le sable. Ca manquait d'eau.
C'est peut-être pour ça que les mp3 nous font croire encore jeunes, fébriles à leur recherche, fébrile à leur endroit.
- 08/02
Envie d'éclats dans le dosLa route qui menait aux Ravières était longue, étroite, sinueuse. Elle l'était d'autant plus, longue, sinueuse et étroite, que je n'avais ni envie de conduire, ni envie de rejoindre les Ravières. Ni rejoindre Malo. Pour ce que j'en savais, ça s'était mal passé à la Chambre et Philippe lui était encore rentré dans le lard.
J'avais des envies de quitter la route. Ou de faire demi-tour. Bref des envies de mort. Qu'est ce que ça pouvait bien me faire, moi, que la Fédération l'emporte ? Ou que les sièges basculent. Rien, absolument rien. Ca me laissait complètement froid. Il faut dire que j'avais déjà bu plusieurs canons.
C'est Marc, mon voisin, qui m'a averti. Sylvie avait téléphoné à sa femme, et me voilà sur la route.
Je venais juste d'arriver à la maison. J'ai trouvé bizarre le silence d'un coup. Et je n'ai pas allumé tout de suite. La lumière de la rue pénétrait par la persienne. Cela donnait une drôle d'allure au salon, des traits lacérant tout y compris le sol.
Moi aussi ça s'est mal passé à M... Mais à qui je peux le dire, ça ? Qui je peux appeler, moi, qui je peux prévenir ?
Ce silence, cette tranquillité, cette moiteur de la lumière, ça m'a fait réfléchir. Je me suis assis par terre. Alors soudain, tout s'est envolé. J'ai laissé dériver mon esprit si bien que Marc m'a trouvé comme ça, hébété, dans la pénombre.
C'est pour ça qu'on a besoin de nuit. Tout à coup la gangue du réel s'effrite, ou se dissipe. On rejoint des terres à soi connues. Des lieux gris, des vallons de marnes.
On s'allonge sur le sol inconfortable et puis, peu à peu, toutes les saillies et les bosses forment un fond appréciable. Le soleil vous aveugle. Au temps pour vous, vous voilà aveugle. On se rend compte qu'on est bien peu fait pour les voitures et rouler de nuit vers des hauteurs improbables.
On prend conscience soudain qu'on a du corps ; du corps qui picote dans le dos ; qui s'affale dans les membres ; qui est aveuglé par le soleil. Ce corps là, qui l'écoute ? Où le trouve-t-on ? Peut-être chez les travailleurs manuels.
Je me rappelle quand je faisais des travaux publics. Brave ouvrier, déchiré du matin au soir sous le soleil ou l'eau ou le vent ou le froid ou le sec (ça va jamais, jamais ça va), puis déchire du soir au matin entre le calvaire du quotidien, le sommeil introuvable et le reste, alors qu'on voudrait juste un peu de corps où se remettre. Pour des miettes, en plus. Combien ils sont, dehors, là, en plein février, dans la merde, dans la terre boueuse, les pieds dans l'eau, ou les mains dans le cambouis ? Combien, hein ? A trimer comme des connards quand ils gagnent à peine leur croûte ? Ils se lèvent chaque matin, comme si ça justifiait non pas leur salaire, mais le simple fait de vivre. Que vivre sans idée c'est pas vivre. Que vivre sans travail c'est s'emmerder. Que vivre c'est simplement avoir mal.
Alors dans une bagnole qui vieillit (faudra songer à la change un jour, avec toutes ses viscères qui traînent, ça fait désordre), à foncer vers je ne sais quel nouvel emmerdement, et une tripotée en sus ! Merci !
Marc m'a trouvé, assis dans la pénombre, je remontais sur l'une des stries de lumière jusqu'aux sources de telle rivière, loin de tout ce qui se tache ou se fend, loin du réel, loin de ce qui casse ou vieillit. Il m'a fait peur ce con. J'avais la paume des mains rougies par la pression que j'exerçais sur le sol. J'étais stupéfait dans mon silence. Embringué. Emmitouflé en lui. Je m'en rassasiais comme d'une eau rare.
Il m'a fait peur ce con ; il m'a dit que je pleurais.
- 07/02
Maladeaujourd'hui, n'importe quoi
le cirque quotidien, le pain quotidien
complètement dégoûté
complètement
dégoûté
- 06/02
Qu'est-ce qu'un auteur ?Alors qu'on cherche à tout prix à exister et qu'on trouve un refuge sur la toile...
Alors qu'on est sans doute des milliers à chercher un peu du silence et de la nuitée d'un livre...
Alors qu'on offre même au risque de la déprédation, du plagiat ou de l'innocence...
Alors qu'on se trouve devant des lois, des contraintes diverses et l'indifférence...
Alors qu'on ose croire en une espèce de compagnonnage virtuel...
Alors que se déchaînent les vents tout à la fois contre le livre, l'édition, la librairie et la toile
Alors qu'on cherche à signer des pétitions fantômes...
Alors que le destin de rien se joue un jour...
Alors que des auteurs, des amis, aussi, disparaissent...
On découvre avec surprise qu'on passe de la rubrique auteurs avec site
à la rubrique ils créent sur le net
du Tiers Livre. Ce qui induit que, auteur sans livre, seule la toile sera ton livre. Qu'est-ce qu'un auteur ? Un gars qui se mord la queue.
- 05/02
MontélimarSuite à l'invitation d'un ami acteur David de venir voir le travail du premier trimestre du Théâtre-Ecole de Montélimar (!), ce texte, agréablement surpris.
Une suite de texte fondateurs : Molière et Racine, Shakespeare, Brecht, Pinter, Büchner, Ibsen, Tchékov, et des contemporains : Lagarce et Sarah Kane.
Des acteurs individuellement très divers, de parcours, d'expérience, de pratique, mais au final une impression plutôt très positive, due sans doute à cette succession d'extraits.
Peut-être ce pourrait être un moyen pour le théâtre et a fortiori pour la littérature d'entrer dans les préoccupations des gens.
Car s'il est vrai que les colères - comme les scandales - intéressent peu (cf. encore le Tiers Livre
), la littérature fatigue. Fatigue les gens fatigués par leur boulot, les enfants, les courses su samedi.
Une espèce de truc bizarre, cette soirée, dans une ville petite-bourgeoise qui s'est pris de plein fouet les aléas de la consommation et du repli des gens sur leur confort.
Cette liste, presque hasardeuse, et presque idéale, de pièces et d'auteurs de théâtre, ça revigore une plate journée.
On repart avec la chanson de Brassens dans la voiture, comme par hasard.
Et on attend le prochain panneau....
- 04/02
Essai de topologieDes lieux sont nombreux, où le texte peut s'engager. Hormis le livre, il y a la toile. Il y a encore le mur, d'une certaine mesure la carte, il y a encore le corps. Je recherche ces lieux, hagard, comme un fou-furieux. Je suis accroc au tissu. Tout partira(it) peut-être de ça, y compris ce lieux particulier qu'est ce chantier. Le tout premier texte le disait déjà. Je n'ai pas encore, toutefois, réussi à lier ou relier les textes, les thèmes, les topoi. J'y travaille.
En premier... lieu, il me faut une table, c'est-à-dire un plan, à hauteur d'homme, différent en cela du ciel raturé
de Blanchot. Un ciel à nous, modeste, médiocre, artisanal. En bois, droit, assez, donc déjà assez éloigné du plan naturel : le caillou, la rivière ou, donc, le ciel. Sur ce plan un peu austère, régulier (rond, carré, rarement des tables en escaliers, en ellipse, en figures non géométriques, c'est-à-dire métrées, c'est-à-dire symétriques, c'est-à-dire duelles). Donc un plan, duel, symétrique en long, en large, et j'allais dire, en travers : il y a l'avers et l'envers d'une table, d'un plan.
Ce périmètre défini (péri + mètre), j'ouvre mon livre, mon ordinateur (c'est étonnant qu'il s'ouvre lui aussi), ma carte, mais pas le corps. Le corps alors s'oublie, comme la table mime en l'oubliant, le sol presque plan naturel.
Peut-être chercher dans ces eaux-là
: une écriture qui déplie et déploie non seulement le support, donc, mais aussi le corps. L'écart, le dépliage, le déploiement sont des mots essentiels.
C'est la recherche de ce mois, disons-le, après une recherche en janvier éparpillée en tous sens.
(Au fait, je me réserve le droit de transformer l'ordre, la forme ou le style des textes, y compris dans les archives : ne serait-ce que pour corriger les fautes de frappes, ou d'orthographe, qui parsèment ces textes évidemment. Cela donne un peu de piment, et surtout, si cela empêche un ordre, une composition, ou plutôt permet, invite, engage une composition toujours mouvante (définition de l'œuvre dans mon Inquiétude
), cela éradique par contre totalement, et plus ou moins volontairement, une sérialisation, une série, une liste (les listes présentes ne sont là que pour combler les trous, détruire la liste par la liste), c'est-à-dire une fonction mathématique. Il y a ici de l'événement, c'est tout. Rien n'est prédictible, envisageable, prévisible, annoncé ou même voulu. J'écris sans borne aucune que le chemin parcouru. J'avance en avançant.)
Cette recherche s'appuie sur des auteurs célèbres, bien sûr, au premier rang desquels Barthes, Foucault et bien sûr, grand penseur de plan, de topos et de pli : Deleuze.
On fera(it) quelques haltes comme dans le ressources dans ce site, sur des auteurs étranges, des textes étranges, parlant d'espace, mais de manière détournée, genre Sun Zu en ce moment, sur L'art de la guerre
.
Mais on essaiera(it) de virer vite vers quelque chose de plus personnel, d'abord Michaux peut-être (collaboration avec Parham), puis vers le superlatif de l'intime, intimus : très intime
, le plus intime
: interior
, et donc le dedans, ou le passage du dehors au dedans.
Les thèmes déjà sont nombreux, s'entrechoquent. Au sortir (encore !), de cela, peut-être, quand même : une tentative d'écriture sur la toile
.
- 02/02
RIPParce que Lacoue
est mort, on avait dénudé les murs.
- 01/02
Sur les portesA l'époque, on avait des portes, qui étaient des espèces de cloisons qui glissaient sur les murs ou qui offraient une ouverture dans un mur, afin de laisser passer un homme. On les distinguait des ouvertures en hauteur qu'on appelait "fenêtres" qui servaient juste à laisser passer soit le regard soit la lumière.
On raconte que les tailles pouvaient être aussi grandes que l'usage ou la renommée des propriétaires des murs. On parle de portes de deux à trois mètres de hauteur (donc plus grandes que des hommes).
J'essaie d'imaginer des constructions, des structures intégrées avec des ouvertures. J'essaie d'imaginer les risques, les passages, les maladies, les hontes, les désirs, les...
J'ai du mal à imaginer ce temps mythique.
Je me rappelle par contre, enfant, des panneaux de bois scellés au mur, qu'aujourd'hui je soupçonne fermement d'être des souvenirs ou des fossiles de portes. Sur ces panneaux se déclinait l'identité du propriétaire. D'abord une simple phrase plutôt ludique, une espèce de citation décrivant avec humour qui on était (comme sur le réseau les sites personnels). Puis on a exigé aussi le nom de famille, puis tour à tour le prénom, le signe astrologique chinois, le signe astrologique occidental, puis la date de naissance, le lieu de naissance, le travail, puis tout y est passé. Les systèmes se perfectionnaient. Des écrans tactiles, des néons, des musiques, des raccordements dits bus, on avait accès au site-toile, puis grâce au progrès de la nanotechnologie, et le patrimoine et le savoir-faire français en matière de puce électronique, à tout dossier susceptible de renseigner, notamment auprès des autorités, de la police et de la milice rénovées, sur la personne.
Puis lorsque les portes n'eurent plus servi, comme les rues usagées, laissées à l'abandon ou désaffectées, les panneaux disaient simplement le nom et surtout enfin, la classe, le style : + pour ok, = pour oo et - pour ko. Les nouveaux décrets, pour nous qui les avons vu survenir, ont finalement surpris peu de monde.
L'usage de l'intime et de l'intérieur s'effilochait peu à peu et se résumait à l'écran, la toile, qui nous lavait de tout soupçon.
Lorsque furent conçues les cases blanches, les maisons individuelles devinrent obsolètes. Les plans avaient d'ailleurs peut-être eu l'effet pervers de scinder un peu les familles, du moins les rues et les voisins. Maintenant, la rue est unique et centrale. Le gain de temps est appréciable.
Finalement, à l'époque, les portes étaient bien le signe d'une perte de temps, c'est-à-dire d'un ennui. Et du contact qui est archaïque (pense au péage !).
- 31/01
Magie des lieux1.
Là où le pic donne son écho, dans le pépiement des passereaux déchiré par la strie de la buse.
Les oiseaux donnent le ton et indiquent l'altitude.
Le brouillard au fond étouffe les rumeurs.
Et en haut quelque brume dissimule les sommets de Couspeau.
Une cloche alors marque le temps et l'arrête.
Le Poët-Célard n'est plus qu'un château sans fondation et sans faîte.
Je viens ici à l'aube méditer sur les époques.
Notre désir d'archive nous inquiète - inquiète les lieux qui se passent d'hommes dans leur permanence dégradée.
Le temps s'est arrêté parce quelques fous.
Renouent des rêves et légendes avec des pierres, du papier, et des cendres.
2.
Le gel de l'hiver irise le minéral.
La fontaine gelée emprisonne la remontée de bulles.
L'air - comme le temps - est figé, ...fossile ...saisonnier.
Il faut marquer cette pause.
Avant de re-des-cendre(s).
- 30/01
Le rêve ou le mensongeOn avance, on avance, on avance, on avance, on avance, on avance, on avance, on avance.
Il nous faut bientôt choisir, plaire, convaincre, choisir.
Lui, plutôt qu'elle. Elle, plutôt que lui.
Lui, contre elle. Elle, contre lui.
On était nombreux, tout de même, à se demander ce que, à ce demander où, à se demander quoi, ou qui.
Puis les eaux venaient à nous, peu à peu. Forcément, ça tiraillait dur.
Mais il nous fallait choisir, élire, permettre, donner, offrir, louer. Qui quoi quand où ? On avançait à l'aveuglette. On avance à l'aveuglette. Jusqu'à quand, jusqu'où ? Jusque quoi ? Jusque qui ?
On nourrissait en même temps un rêve - on avait déjoué les rêves, mais on les rebranchait dès qu'on était seul : des nuages de cotons humectaient les yeux, la gorge, le sexe - et un mensonge - on avait déjoué le mensonge, mais on le rebranchait quand on était seul : des chemins, des mers chaudes, des vieillesses heureuses.
Un rêve et un mensonge nous tenaient déjà aux couilles.
- 29/01
Contribution à Topologique : Sun Zu, L'art de la guerre, 443?-221?, trad. Amiot (1772)Sun Tzu dit: Sur la surface de la terre tous les lieux ne sont pas équivalents; il y en a que vous devez fuir, et d'autres qui doivent être l'objet de vos recherches; tous doivent vous être parfaitement connus.
Dans les premiers sont à ranger ceux qui n'offrent que d'étroits passages, qui sont bordés de rochers ou de précipices, qui n'ont pas d'accès facile avec les espaces libres desquels vous pouvez attendre du secours. Si vous êtes le premier à occuper ce terrain, bloquez les passages et attendez l'ennemi; si l'ennemi est sur place avant vous, ne l'y suivez pas, à moins qu'il n'ait pas fermé complètement les défilés. Ayez-en une connaissance exacte pour ne pas y engager votre armée mal à propos.
Recherchez au contraire un lieu dans lequel il y aurait une montagne assez haute pour vous défendre de toute surprise, où l'on pourrait arriver et d'où l'on pourrait sortir par plusieurs chemins qui vous seraient parfaitement connus, où les vivres seraient en abondance, où les eaux ne sauraient manquer, où l'air serait salubre et le terrain assez uni; un tel lieu doit faire l'objet de vos plus ardentes recherches. Mais soit que vous vouliez vous emparer de quelque campement avantageux, soit que vous cherchiez à éviter des lieux dangereux ou peu commodes, usez d'une extrême diligence, persuadé que l'ennemi a le même objet que vous.
Si le lieu que vous avez dessein de choisir est autant à la portée des ennemis qu'à la vôtre, si les ennemis peuvent s'y rendre aussi aisément que vous, il s'agit de les devancer. Pour cela, faites des marches pendant la nuit, mais arrêtez-vous au lever du soleil, et, s'il se peut, que ce soit toujours sur quelque éminence, afin de pouvoir découvrir au loin; attendez alors que vos provisions et tout votre bagage soient arrivés; si l'ennemi vient à vous, vous l'attendrez de pied ferme, et vous pourrez le combattre avec avantage.
Ne vous engagez jamais dans ces sortes de lieu où l'on peut aller très aisément, mais d'où l'on ne peut sortir qu'avec beaucoup de peine et une extrême difficulté; si l'ennemi laisse un pareil camp entièrement libre, c'est qu'il cherche à vous leurrer; gardez-vous bien d'avancer, mais trompez-le en pliant bagage. S'il est assez imprudent pour vous suivre, il sera obligé de traverser ce terrain scabreux. Lorsqu'il y aura engagé la moitié de ses troupes, allez à lui, il ne saurait vous échapper, frappez-le avantageusement et vous le vaincrez sans beaucoup de travail.
Une fois que vous serez campé avec tout l'avantage du terrain, attendez tranquillement que l'ennemi fasse les premières démarches et qu'il se mette en mouvement. S'il vient à vous en ordre de bataille, n'allez au-devant de lui que lorsque vous verrez qu'il lui sera difficile de retourner sur ses pas.
- 28/01
RadioLa nuit le fil radio tient
l'éveil est constant
constamment relancé
le fil embrouillé par le délai ; le fil sectionné par le sursaut
le fil de radio étrangle
le fil aussi tient éveillé
le fil de radio étrangle
le fil de radio aussi tient
le fil de radio aussi étrangle
le fil de radio le fil de radio
le fil de radio aussi étrangle
le fil de radio le fil de radio
le fil de radio nourrit
le fil de radio dérape
le fil de radio nourrit
le fil de radio étrangle
...
le fil de radio le fil de radio
le fil de radio le fil de radio le fil de radio
le fil de radio
...
- 26/01
Délai - sursautOn a dix jours. Pour tout foutre en l'air. 10JOURS! Pour préparer les affiches et les tracts, contacter les réseaux, trouver les soutiens, contacter l'étranger, rationaliser, rassembler, relayer...
Moi, j'ai deux moments dans le jour. Il y a un moment intime et un moment public ; id. est un moment intérieur (superlatif d'intime) et un extérieur.
Avec du limon peu sûr, sur des galets roulants, et la tête aux quatre vents.
Je bâtis un sursaut, pour croire au lever du jours, au retour des fleurs d'ononis et aux baisers et aux poignées de mains.
Je bâtis un délai, pour m'enfoncer à la terre, m'y repaître de sol, de seul et de sale ; pour écrire ; délayer pour étendre l'être, pour le rendre luminescent.
Voilà je confronte un sursaut et un délai, c'est ma vie. C'est aussi dur qu'excitant. Cela abolit le temps.
Qui a besoin de temps sinon le calendrier, les écoles, les bureaux ? "Le sursaut/le délai" ne connaît pas les heures.
- 24/01
JouvencesChaque nouvelle année, chaque nouveau printemps, est arraché à la nature comme un rire ou une larme.
On y creuse un peu plus, pour ne pas en démordre, il nous faudrait d'autres exigences - que nous n'avons pas.
Alors on renchérit chaque année, chaque année amoncelant les âges, mais aussi les souvenirs - et par conséquent les oublis, mais encore la matière, et peu à peu, ce faisant, on creuse dans le vide.
Ce qu'on arrache à la nature, de printemps ou d'automne, ce n'est que du vide.
En allant, on apprend simplement à partir.
Vieillissant, on meurt, certes, mais, on meurt entier.
ce qu'on arrache à la natures, aux cieux, aux herbes, au vent, ce sont des moments creux, des espaces vides, du Vide duquel on se repais, duquel on se meuble, duquel on se maquille.
Puis arrive une heure où l'on n'a plus de corps assez pour soutenir la pluie ou les éclats de lumière, alors on s'évanouit.
Le vide nous emplit.
La mort est du vide incarné.
- 23/01
Rue couverte
Ils ne voulaient pas l'ouvrir, la rue couverte, parce qu'elle était source de conflits.
C'était une rue qui suivait toute la bande de maisons entre la rue principale et la rivière. Ce large bloc de maisons ont, au niveau de leurs caves, une rue qui les transperce de part en part. Parfois la rue est couverte de maison, parfois seulement de jardinets ou de cours intérieures.
C'était un objet de patrimoine fort, et il est resté fermé depuis la guerre.
Il faut dire que tout le bourg est troué, construit sur une manière de sable, appelé "safre", de couleur jaune (à verte parfois), lequel, très dense, peut-être très solide (rien n'est plus dur que le sable comprimé), mais aussi très friable. Les caves s'enfonçaient aux enfers, des galeries reliaient des rues, des maisons. Il n'y avait qu'à s'inspirer des habitats troglodytiques pour imaginer cette rue.
Or, ces jours-ci, d'importants travaux ont contraint les employés municipaux, sous l'ordre des autorités qui étaient invisibles, à descendre dans la rue couverte. Ils ont finalement retrouvé la clef de la grille qui à chaque extrémité, empêchait l'accès. Plusieurs jours durant, ils ont secrètement nettoyé la rue couverte, cherché les propriétaires des portes des caves qui donnent sur la rue, les ont fermées quand ils ont pu, puis ils ont méthodiquement appliqué des lumières et installé des câbles. Ils ont fait tout cela de nuit, à l'heure où personne ne pouvait les surprendre. Puis ils ont refermé les grilles, et rapporté les clefs à la discrète autorité.
Laquelle s'est alors penchée sur une manière de communication de sorte que les habitants apprennent ensemble l'ouverture historique de la rue couverte.
C'était la première fois, pour beaucoup d'entre nous, que nous visitions ces lieux (certains chanceux, propriétaires des caves fameuses, ou pour d'autres cas, en avaient pu explorer quelques mètres). De long en large, il fallait descendre quelques marches dans des ruelles normales déjà peu fréquentées, pour trouver les bouches d'entrée de ces galeries métropolitaines et piétonnes.
On débouchait en plusieurs endroits, car il y avait quelques sorties intermédiaires, parfois des passerelles, parfois des galeries, parfois simplement une sortie, une rue, une entrée.
Cela a duré tout le temps des travaux. Certains avaient souhaité qu'elle restât ouverte, mais les autorités ne voulaient absolument plus entendre parler de la rue couverte.
Les travaux terminés, les mêmes employés municipaux qui avaient si longtemps aménagé la rue, retirèrent patiemment et un par un, les ampoules, les câbles, les poubelles, les caméras, qui, peu à peu avaient meublé la rue ; ils effacèrent tous les tags ; ils cherchèrent, trouvèrent et expulsèrent les pauvres hères qui y trouvaient un repli contre le froid ; ils ont sorti tout ce qui dans la rue, n'évoquait rien d'autre qu'une rue couverte, sans mobilier, sans lumière, sans même un fatras ou un rat.
Puis, en plein jours, une semaine durant, ils cloisonnèrent hermétiquement chaque bouche d'entrée de la rue, non sans avoir lancé en elle un insecticide-fongicide fumigène surpuissant.
La rue fut masquée dans les murs, toutes les portes des caves ont été condamnées - parfois les propriétaires réticents dédommagés. Les travaux de la rue centrale étant destinés à y transférer tous les réseaux, plus aucune conduite, d'eau, d'eau usée, de gaz, de téléphone ou autre, ne croisa le chemin désormais aveugle de la rue couverte.
Un grand serpent creux passait sous les habitations - il fallait maintenant cesser d'y penser : on nous engageait fortement à ne plus évoquer ce tunnel qui, comme un ver, rongeait secrètement la ville.
- 20/01
Nouvelles de JaccottetLes livres de Jaccottet, de loin en loin, nous parviennent. Ils tissent une langue, érigent une poésie comme jamais, depuis longtemps, nous avions pu approcher. A l'instar de Michel Deguy ou Yves Bonnefoy, le parcours de Jaccottet - toujours proche de celui d'André du Bouchet - qui irradie toute la culture française d'aujourd'hui.
Entre Jaccottet et du Bouchet, entre Truinas et Grignan, il y avait un espace, largement investi depuis, depuis lors et depuis ici, un espace montueux et lancé vers les suds, sur lequel des vaches, des genêts, des cailloux désignent le ciel nonchalant.
Entre eux quelques livres aussi, quelques lettres, une grande tristesse lorsque, dans l'intervalle, se dessine une limite, se tresse une fuite, la mort emporte, la mort emporte l'homme, l'ami, le poète, le premier.
Seul alors seul, il reste, Jaccottet, sous son château qui devient ridicule à être posé comme un gâteau sur une plaine sables mouvants qui se cherchent.
Et de Jaccottet nous viennent des livres, des lettres, une grande tristesse lorsque, dans l'intervalle, depuis lors et depuis ici, un espace monstrueux se noue.
- 18/01
De pain et d'aubela nuit, avec sa lueur de bleu
se craquelle doucement
en miettes de pain
quand il est en même temps
l'heure de se coucher
l'heure de se lever
- 17/01
Chez mon voisin, 2Il est là, toujours présent, omniprésent.
Je l'entends qui ronfle, je l'entends qui parle, je l'entends qui marche.
Pire, il envahit mon espace, je le croise dans la rue. Je sors chercher du pain : je le croise devant la porte (c'est encore normal me direz-vous) ; je vais à la poste : je le croise à la poste ; je vais au restaurant : je le croise sur ma route. N'importe où que j'aille, je le croise sur ma route. Et là où c'est étrange, et inquiétant, du moins un peu plus qu'agaçant, c'est que je le croise à toute heure de la journée.
Il m'arrive de me coucher à l'aube, pour des raisons personnelles que je n'ai pas à livrer ici, et je me lève par conséquent à des heures tardives. Eh bien je le croise à minuit quand je rentre, à midi quand je sors.
Je le croise le matin, l'après-midi et le soir indifféremment. je vais chez des amis : il y est. J'entre dans un commerce : il s'y trouve.
Je ne comprends pas ce qu'il se passe.
Surtout que, lorsque je suis chez moi, il est là : murmurant ou ronflant ou bruissant, ou se froissant légèrement, je sais qu'il est là.
Il est de plus de ces voisins qui souhaitent planter un clou en pleine nuit, ou déboucher son évier quand vous recevez ; un être dont je ne perçois pas exactement la vie (je ne sais pas où il travaille, si même il travaille, ni quel est son emploi du temps - je ne peux pas comprendre son rapport au temps / ni l'espace), mais que je sais s'agiter, avec une bouche et une parole qui, pour le peu que j'en ai entendu, n'ont rien à dire.
Un être dont je me demande s'il n'a pas quelque chose à m'offrir.
Un être qui me suit, et qui me donner à penser.
- 16/01
Sur les tracesAndy Goldsworthy possède le génie du lieu. Il parle de hasard et d'évidence et de traces recouvertes et de gestes emportés.
Nous avons suivi les traces que Goldsworthy a disséminées dans les montagnes de Haute-Provence.
Des cairns ovoïdes, des trous dans de la pierre, de l'argile serpenteuse sur des murs, des arches sans destin dans une cave.
Ce sont là des œuvres figées et dures, mais la grande partie de l'œuvre du Gallois sont perdues à jamais, éphémères Ñ et cela fait partie aussi de leur beauté.
Parfois une photographie les sauve, mais la photographie perd à la fois le travail et le destin de l'œuvre : elle la fige à nouveau.
Comme il joue avec la glace, la lumière, la putréfaction, l'humidité séchant, le sable, le vent, l'éclipse, la neige, l'ombre, les fumerolles, l'œuvre de Goldsworthy est intemporelle, mais aussi elle ne pénètre jamais le temps.
Elle dépend beaucoup aussi des alentours, de l'humeur, puis du hasard des destructions.
Pour qui l'a vu faire, pour qui l'a vu agir pour l'heure, dans l'aube froide, dans la précipitation des saisons ou des heures, on est devant une grande question : la place de l'artiste dans l'œuvre (larme, squames, sang, urine, colère, urgence, erreur, peine) ; la place de l'œuvre dans la nature (et les corollaires : technique, artefact, plus-value, prix, matière, musée, artiste).
Dans tous les cas le chemin nécessaire à atteindre l'œuvre architecturale, celles qui en Haute-Provence, pays des Pénitents et des Demoiselles coiffées, des marnes noires, du calcaire qui partout s'embrase et fait preuve de folie géologique, le chemin ponctué d'effort, de chaleur et de désir, est déjà dans l'œuvre (compense l'éphémère, l'invisible, l'intenable des œuvres plus modestes, faites de feuilles, de flaques ou de glaces).
Alors l'œil est aussi compris comme œuvre. Le va-et-vient est saisissant. Le résultat est un grand rassemblement du corps et du cœur.
Auquel on est sans doute redevable.
Andy Goldsworthy renverse l'hospitalité. Venu chez nous donner, il nous fait visiter son monde et nous lui devons rendre grâce. Grazie. Merci.
- 14/01
PromenadesEntrer dans une ville inconnue, se promener au hasard de ses rues, en saisir peu à peu le sens, l'organisation, la tension ou le commerce.
Laisser passer cette ville en nous.
Laisser germer l'esprit du lieu, le laisser jaillir, puis résonner, tant il est vrai que l'esprit ne s'exprime pas de manière cohérente ou argumentée.
Puis laisser le bourdon à la ville, ayant fait résonner en nous ce que le bourdon provoque de tremblement, d'écho, parfois de mémoire Ñ mémoire résiduelle alors qu'on sait très bien ne jamais être venu ici Ñ mémoire de vent ou des cercles que, sur la surface de l'eau, fait un caillou dedans jeté Ñ et qui touchera le fond avant que les vagues ne s'estompent.
- 13/01
HommagesJean-Pierre Vernant vient de mourir.
Quand un homme meurt, un homme public, un homme de pensée, quelle est la position juste à tenir ?
Cette question me hante et, bien souvent, ce qui me vient c'est le silence ; un silence pas seulement de recueillement ou d'hommage, mais un silence que nous vivants pouvons offrir à l'œuvre qui se clôt, et se clôture.
Que dire après l'auteur sur l'œuvre, de l'œuvre, dans l'œuvre, qui ne tombe pas dans l'obscène ?
Moi, je ne sais pas quoi dire.
Je sais que j'ai "profité" de la mort de l'auteur, notamment avec des auteurs pour moi importants : Blanchot ou Derrida ; et dans ce dernier cas, j'ai profité aussi d'une amitié silencieuse.
Si je ne nourris pas l'œuvre d'un auteur par sa mort même, je crois qu'il faut mieux que je me taise.
Finalement j'écris pour me taire. J'écris parce que, ne sachant pas parler en public ou en groupe, je tais en moi des phrases qui ne peuvent vivre qu'en silence.
Le silence propre de l'écriture. Le silence de la lecture.
Le silence qui n'est pas un hommage, mais un don, une espèce de sacrifice.
- 10/01
Un rêveJe venais de me réveiller et il fallait prendre la route, et marcher.
Je ne me souvenais de rien d'autre ; il fallait suivre la ligne éperdue du tramway (peut-être), entre deux rangées d'immeubles bas, moderne, de ceux qu'on découvre sur les campus universitaires ; j'étais d'ailleurs entré dans l'université.
A droite à gauche un trombe l'œil en relief (oui, en relief) représentant énormes, très jaunes, d'aspect très crémeux, des gâteaux ressemblant à des pains au chocolat mais qui s'appellent plutôt pains au raisin qui m'ont attiré. Je savais qu'ils étaient faux, mais je voyais bien qu'ils étaient vrais et paf, je me cogne la main sur une surface plane d'une matière synthétique, comme du Plexiglas.
Je passais entre les deux parois, la "fac" était comme un couloir, sur les côtés desquels s'ouvraient des portes.
Je savais que dehors, il y avait... le dehors. C'est-à-dire le ciel, les herbes, les reliefs, les matières putrescibles ; là non : droit, sec, dur, faux, lisse, gris.
Je montais quelques marches ; l'espace était ainsi fait qu'en utilisant des raccourcis, on pouvait commodément s'épargner du chemin droit, comme si l'on était dehors. Ce lieu, qui suivait une ligne de tramway, et longiligne comme elle, était aussi une gare de triage.
Je savais que j'allais assister à un événement important, une rencontre, un spectacle, je ne sais pas trop.
Je m'adressais à une fille peu aimable, que finalement j'ignorais.
Je montais quelques marche pour passer autour, autour d'un amphithéâtre, où des étudiantes, en nombre, assistent à un concert de musique de chambre, dont le son est incroyablement sourd, saturé, comme passé au travers du filtre du sonorisateur.
Je sais que c'est un Quatuor de Chostakovitch, et il se nomme pourtant pour moi Tchékov. Dans une alcôve des escaliers, quelques marches, une porte (petite, noire) : dehors. Personne, une grande butte et je suis en haut, il y a des fleurs et je vois au loin l'usine, je connais ces lieux, ce sont les lieux de mon enfance, et je descends la butte.
Et je trouve une plante que je ne connais pas, belle plante aux feuilles raides, minuscules, piquantes, comme celles de l'aspergette, et une fleur, qui oscille entre celle de l'ononis et celle du pavot cornu ; jaune, drapeuse, grasse, luisante, peut-être veinée légèrement de rouge.
Je sais après tout qu'en étant passé par ce bâtiment qui abolit l'espace, j'ai gagné du temps, que si j'étais sorti une porte plus avant, j'aurais eu à marcher beaucoup plus.
Je ne sais pas où je vais, mais je suis satisfait d'être allé vite.
Je me réveille avec deux heures de retard, au moment précis ou l'événement allait surgir.
- 09/01
Pas de blogueJe ne veux pas de blogue ici, mais qu'est-ce qu'un blogue. Un contenu insignifiant dans un contenant castrateur et redondant.
Voilà. je me bats contre les blogues.
Je veux autre chose. Je ne vaux pas d'autofiction. Cela n'existe pas. Le premier qui ose prétendre que Marguerite Duras fait de l'autofiction, je lui arrache volontiers la langue.
J'ai vu Christine Angot à Montpellier, j'en ai parlé ailleurs (Une semaine culturelle en France en 2006). Mais je n'ai vu qu'un étalage de "Je", de "Moi".
e ne renie aucune douleur, ni celle de l'inceste, ni celle de la tromperie, ni celle du viol, ni celle de la déportation. Je considère simplement que la littérature n'a pas à parler de "sa petite affaire familiale". Faire cela n'a rien à voir. La littérature (l'inexplicable de la littérature, l'insoutenable de la littérature, l'impossible de la littérature) est alors à la traîne du sujet écrivant, et avancer que Proust préfigure Angot, Laurens, Millet ou autre est faire preuve d'une sénilité intellectuelle notoire.
Je ne nie pas le malaise, le mal être, l'angoisse de vivre. Soit la littérature transcende cela pour en universaliser la portée (par exemple, je ne sais pas, Baudelaire), soit elle se dilue dans la compassion étrangère à tout dieu mais dévouée aux hommes (autre exemple peut-être, Camus). Mais ces catégories ne valent rien si l'on s'en remet au mot même, et je ne suis pas sûr qu'un découpage existe.
Je sais simplement que se servir de la littérature comme divan "ne colle pas", est immédiatement emporté par le souffle extravagant, exorbitant, de la littérature.
Ce n'est pas Christine Angot que je n'aime pas (je me fiche de connaître ses malheurs peu éclatants et mortifères), ce sont ses livres, qui encombrent les étals déjà nauséeux des librairies.
Je revois Deleuze dans son fameux abécédaire ; je crois que c'est la lettre E, comme Enfance : la littérature n'est pas une analyse, ce que produit une littérature de l'analyse, c'est de la merde.
- 08/01
Je vais pour me coucher, toujours très tard dans la nuit, plutôt au petit matin, l'esprit encore plein de mots et de ce dégoût acerbe d'avoir encore passer quatre heures nocturnes à écrire.
Je suis généralement rompu, également las. Je me couche sans égard pour rien, ni le lit, ni la chambre, ni la nuit. Et parfois j'écoute encore la radio jusqu'à l'aube, ou bien je me masturbe, enfin, rien n'est définitivement clos. J'étais alors à chercher le sommeil qui, malgré la fatigue, peine à s'accrocher à l'heure tardive, lorsque je perçois un ronflement sourd, juste sous mon lit.
Ma chambre se trouve au-dessus de la chambre d'un autre appartement bizarrement imbriqué avec le mien. Il est le plus souvent inoccupé, ce qui me permet d'être relativement bruyant #Ñ ou plus exactement peu soucieux du bruit que je peux faire.
Or entre les deux chambres, il n'y a aucune dalle de ce nom : le simple plancher de bois, qui n'est imperméable d'aucun bruit, soit dit d'aucune familiarité, ni d'aucune intimité.
Je me couche alors et je découvre que j'ai un voisin.
J'ai du mal à croire qu'un être normalement doué de raison ait pu choisir d'habiter dans cet appartement qui "jonche" le mien. Je le connais un peu, pour des raisons d'infrastructures (et de fuites). C'est un taudis. Il n'y a pas d'autre mot. La moisissure décolle les papiers ; l'humidité pourrit tout, et l'isolation n'empêche ni le vent, ni le froid de le pénétrer jusqu'aux murs.
L'être vivant là est soit un nomade qui a réussi à entrer, soit un être d'une indigence insigne.
J'ai perdu encore deux heures à m'épancher en conjectures, puis l'aube m'arracha le dernier souffle.
Au matin je croisai le voisin : un être peu soigneux, vulgaire, toujours couvert d'un "bob" effrayant, un cure-dent toujours coincé dans la commissure et malheureusement sentant la vinasse. Je ne savais pas encore que je le croiserais tous les jours Ñ et d'une manière plus capitale que dans la simple pile de nos chambres.
- 06/01
ListesLe désir de liste remonte à loin, on sait l'attachement de François Rabelais pour la chose ; et puis Georges Perec ; et puis Jorge Luis Borges.
La liste est liée au musée, et le musée à la carte, au plan.
Le musée est un lieu clos, ce que Michel Foucault appelle une hétérotopie. Gilles Deleuze parlerait de territoire. Que dirait le Kafka du Château ?
J'aime les listes aussi, on le verra. Carte, musée, liste, clefs (de détermination) et formulaire flattent l'égo ; te font prendre pour un être de pouvoir. J'ai des listes de titres d'œuvres jamais écrites, des quantités astronomiques.
Les listes sont potentiellement infinies. Elle reflètent simplement un œil, hic et nunc.
Voilà ce qu'on verra très bientôt, concernant les compilations.
- 05/01
Une belle soirée‚'aurait pu être une belle soirée
On avait des mots, mais on n'avait que ça. Dehors ça sentait le roussis. Polo s'était fait prendre et la Canche était dans un mauvais pétrin, deux au cul et la peur devant. Zoumaï a craqué le premier. Effondré à terre, j'ai vu ses yeux exorbités prier je ne sais quel dieu vers le ciel. La fin de la nuit n'a pas été guère mieux. Ils ont investi la planque, y ont trouvé de quoi coffrer trois générations, et ils ont buté Paname.
Voilà, c'est le troisième texte (mais où est donc le second ?) et ça part en vrille. S'astreindre à n'avoir comme astreinte que la ligne d'horizon et la récurrence du quotidien, ça mène à quoi, à qui ?
Moi j'ai des horizons de grandeur, des envies d'impossible, j'ai même des adresses, des Bataille, des Blanchot, et même des parrains, Monique, Christophe... Mais non, rien, rien qui vaille ; de nos jours pour écrire, il faut faire de l'autofiction ; il ne faut plus écrire, il faut simplement tenir son blogue.
De toute façon, je peux vous dire que ça barde côté édition ; alors on s'en passe, non mais des fois... Le dernier rempart, Gallimard, cédé à moindre coût à Sollers ; les suivants, Galilée par exemple, se brouillant pour des histoires sombres (et pourtant elle tourne) ; les creusets bouffés par les mâchoires d'acier du fric : farrago, Al Dante, Comp'Act. Bon, la toile, au réseau trop ténu pour permettre une issue ; trop de monde, trop de blogue, trop d'actualité ; et moi là-dedans ? La poésie, bordel, elle est où la poésie ?
Parce qu'on a des velléités de poètes, ou simplement on se sent mieux dans ce courant, truite abasourdie et presque déjà sur le dos.
Parce qu'on aime bien se promener dans la nature ; mieux : on en fait son métier, "interprète" qu'on appelle ça. Traducteur, c'est tout comme. Mais moi le texte, il me prend à 2h29 du matin, je dois me lever demain, je vais tout de même pas en plus, le temps du jour, me donner en pâture à un autre texte... alors j'ouvre le grand livre du monde, micro-macrocosme, et je m'invente des espaces où je règne en maître ; j'apprends des noms de plante, ça rassérène. J'ai même un herbier, mon petit butin de chasse.
Mais je vois tout de suite, que je cède ici au blogue. Personne n'en à rien à foutre. De ça. Et surtout pas la littérature ; j'ai été plus inspiré, c'est sûr, mais rarement dégoûté de voir le petit cénacle sursauter parce qu'on est passé de 645 à 702 romans de rentrée.
La guerre n'est même pas déclarée : nous allons travailler de biais ; par la bande ; l'un de nos maîtres ne s'appelle-t-il pas Jean Paulhan ?
Ils ont cru étouffer, corrompre, éradiquer, revendre ; ils n'ont fait que nous titiller, nous énerver, nous rassurer en un sens. Les fameux "Ils" qui décident pour nous. Je n'entrerai pas dans ce jeu là, je n'y suis jamais entré. C'est ta vie ça ? Tu la mérites. Les autres ne comptent pas.
Nous on sait, nous, on n'est pas nombreux : que Jean-Pierre Boyer et Laurent Cauwet ils savent, eux. Qu'ils ont raison. On les aidera, tant qu'on peut. ‚a tombe mal : y'a des jeunes, y'en a plein. Et tous ensemble on vous soutient les gars, on vous soutient ; du fond du cœur. De ce fonds là.
C'aurait été une belle soirée.
- 03/01
Texte 0On avait des mots, pour nommer, pour désigner. On avait des mots.
Mais pas de territoire vierge pour les poser.
Ou bien on avait de l'espace mais on n'avait plus les mots.
On avait une fleur, une femme.
On avait un labyrinthe, un dedans, un dehors, un chemin, un couloir, une chambre.
On avait tout ça : de l'espace, du perec, du borges, du michaux, du calvino.
On avait des livres ; parfois on les lisait.
On n'avait rien.
On n'avait rien : que des mots.
On n'avait rien que des mots, pour nommer, pour désigner.
Pour astreindre ou pour joindre.
Entre les deux ce qui manquait : le travail ; entre les deux ce qui manque : le temps.
On a eu du travail, oh, quelquefois, oui, sans doute. Mais au travail, pas de mots et peu d'espace.
Maintenant, le temps.
Maintenant, le temps, sans travail, désoeuvré, impartial, fragmentaire, arbitraire, initial.
Maintenant on y va. C'est maintenant et on y va. Allez, va.
- 01/01
cc - Benoît Vincent [1999 - ]